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Mot du président

 En 2005, 60 ans après l’inauguration du lycée en baraques sur la place de l’Harteloire, entourée des ruines de la ville anéantie, Claude Spagnol, Jean-René Berthemet, encouragés par le souhait d’Edouard Landrain, député de Loire-Atlantique, lancent l’initiative de la création d’une association des anciens élèves de cet établissement hors normes.

Un article dans le Télégramme, l’exploitation d’une première liste établie en faisant appel aux souvenirs de quelques-uns uns, permirent de réunir en assemblée générale constitutive, le 30 septembre 2005, une soixantaine de membres.

 Depuis, l’organisation de deux sorties, l’une en avril 2006 à Kerhuon, l’autre en août au Faou, à laquelle ont pu se joindre des anciens ayant quitté la région, mais qui lui restent fidèle pour la période estivale, ont permis d’élargir le recrutement et de tracer un programme d’actions dans lesquelles l’association pourrait s’impliquer, conformément à ses statuts.

Mais l’association dont le but est la convivialité retrouvée, ne sera active et vivante que si ses différents membres sont prêts, notamment à partir de ce site informatique, à apporter leur contribution à cet intérêt de se retrouver et d’échanger  les souvenirs communs malgré le temps qui nous a séparé.

 

 

 

 

 

 

                                 Albert LAOT

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Conseil d'admin

Président: Albert Laot
Vice-président: Claude Spagnol
Secrétaire: Yvette Prigent
Trésorier: René-Louis Guiavarch
Trésorier adjoint:: Jean-René Poulmarc'h
Courrier: Annick Blaise
Membres:
Jean-Noël Berthemet
Daniel Gravot

René L'hostis
Bernard Oliveau
Michelle Péron-Pochet
Jeanne Romeur

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 22:08

Monsieur Borde :

“Le règlement, c’est le règlement !”

 

     Monsieur Borde fut nommé proviseur du Lycée de Brest à la rentrée de l’année scolaire 1951-52. en remplacement de Monsieur Michonneau. D’un caractère moins strict que son prédécesseur, il n’en était pas moins soucieux de la bonne marche de son établissement et, en particulier, était absolument intransigeant sur le règlement. Les textes officiels étaient pour lui la référence absolue et il ne tolérait aucune entorse à ce sujet. Plusieurs anecdotes illustrent ce comportement.

     À la rentrée de 1945, un aumônier avait été affecté au lycée en baraques afin que les élèves qui le désiraient puissent suivre l’instruction religieuse, catholique naturellement. Mais quelques années plus tard, l’effectif des élèves ayant considérablement augmenté, un second aumônier fut nommé. Certains collègues acceptèrent mal cette situation, non conforme à leurs yeux au principe de “l’école laïque gratuite et obligatoire”. Ils estimaient qu’un seul aumônier était déjà bien suffisant pour satisfaire les exigences des catholiques pratiquants. Ils n’avaient jamais osé poser la question à M. Michonneau dont ils connaissaient les convictions à ce sujet.

     À la nomination de M. Borde ils apprirent que ce dernier était de religion protestante. Ils crurent donc pouvoir saisirent l’occasion de se débarrasser de cet aumônier surnuméraire. Malheureusement pour eux Monsieur Borde, à qui ils avaient posé la question, leur opposa immédiatement un argument sans réplique :

     “Mes chers collègues, les textes officiels prévoient que si l’effectif des élèves d’un établissement scolaire dépasse un certain nombre (et il leur fournit le chiffre exact) un second aumônier devra être affecté à cet établissement pour satisfaire à la demande des familles. Or l’effectif de notre lycée atteint X élèves (à nouveau le chiffre exact) soit très largement au-dessus du seuil au-delà duquel deux aumôniers devront y être affectés. Il n’est donc absolument pas question de revenir sur le sujet”. Point final !!

     À son arrivée au Lycée, Monsieur Borde avait amené avec lui sa famille. Son épouse enseignait l’Histoire et la Géographie et ses deux enfants étaient scolarisés dans l’établissement.

     Là encore, concernant les membres de sa famille, il appliquait scrupuleusement les textes. S’il parlait d’eux avec des collègues ou des membres de l’administration, il disait “ma femme” ou “mon épouse” ou “mon fils, ma fille”. Il n’en était pas de même dans les réunions officielles et notamment les conseils de classe. Partant du fait que les textes, toujours eux, interdisaient aux chefs d’établissement de tolérer la moindre infraction au règlement concernant un membre de leur famille, ni trop de familiarité à leur égard, il appelait son épouse et ses enfants par leur nom, et d’un ton très “directorial”. Ce qui aboutissait parfois à des scènes plaisantes dont les collègues se régalaient. C’est ainsi qu’un jour, à un conseil de classe dans lequel figurait la femme du proviseur, ce dernier débuta la séance par ces propos :

     ”Mes chers collègues, avant de commencer ce conseil, j’ai une remarque importante à faire. J’ai feuilleté le cahier de bulletins de la classe que nous allons examiner et j’ai la surprise de constater que le professeur d’Histoire Géographie de cette classe n’a pas rempli les bulletins. Je demande donc : qui est ce professeur ?” (comme s’il ne le savait pas !)”

     Réponse embarrassée des professeurs : “C’est……. Madame Borde, Monsieur”.

     Le proviseur, très solennel :

     “Madame Borde, j’attends vos explications, pourquoi n’avez-vous pas rempli ces bulletins ?”

     Réponse de l’intéressée :

     “ Euh ! Monsieur le Proviseur, je vais vous expliquer……”

     Je ne me rappelle plus les raisons qu’elle avait données, mais Monsieur Borde poursuivit :

“Bon, nous allons procéder au conseil de classe, mais je vous demande, Madame Borde, de remplir ces bulletins sans faute à l’issue du conseil”

     “Bien sûr, Monsieur le Proviseur, je n’y manquerai pas !”

     Les collègues avaient toutes les peines du monde à masquer leur hilarité.

     Concernant ses enfants, M. Borde adoptait les mêmes principes rigoureux. Témoin cette scène qui eut encore pour cadre un conseil de classe. Il s’agissait de la classe dans laquelle se trouvait son fils Pierre et c’était le conseil du troisième trimestre. Étant donné sa place dans l’ordre alphabétique, le cas de cet élève apparut au tout début du conseil. Le proviseur l’annonça ainsi :

     “ Nous allons maintenant examiner les résultats de Borde Pierre. Mes chers collègues, que pensez-vous de cet élève ?”

     Réponse collective :

     “Eh bien il a une moyenne correcte dans l’ensemble”

     Le proviseur :

     “Mais je constate tout de même quelques insuffisances dans certaines disciplines. Et çà, il faut en tenir compte”.

     “Oui mais, pas trop graves et il n’y a pas de note vraiment faible”

     “Bien, vous êtes donc d’avis que Borde Pierre peut être admis en classe supérieure malgré ses insuffisances ?”

     “Oui, il est sérieux. Et en travaillant un peu pendant les vacances, il pourra compenser son retard dans certaines matières”

     “Bon, je déclare donc Borde Pierre admis dans la classe supérieure. Et nous passons à l’élève suivant”

     La suite du conseil se déroula sans incident jusqu’au cas d’une élève dans la fin de la liste alphabétique.

     Le proviseur :

     “Nous arrivons au cas de Melle UneTelle. Que pensez-vous de son bulletin ?”

     Les professeurs :

     “Ah ! celle-là, c’est vraiment un peu juste. Elle a quelques difficultés dans certaines matières”

     “Donc vous estimez qu’il faut la faire redoubler ?”

     “Oui monsieur le proviseur, nous croyons que c’est préférable pour elle”

     “Bien, je tiens compte de votre avis”

     Mais le proviseur, feuilletant le cahier de bulletins à rebours, déclara alors :

     “Mes chers collègues, je vous demande toute votre attention. Tout à l’heure quand il s’est agi de Borde Pierre, vous avez estimé qu’il pouvait être admis en classe supérieure. Or, si je compare le bulletin de Melle Unetelle à celui de Borde Pierre, on constate qu’ils sont tout à fait semblables : même moyenne générale, mêmes insuffisances dans certaines disciplines. Si donc vous avez pensé que Borde Pierre pouvait être admis en classe supérieure, il est hors de question de faire redoubler Melle UneTelle dont les résultats sont rigoureusement identiques. Donc vous devrez  vous décider : faut-il admettre ces deux élèves en classe supérieure ou faut-il les faire redoubler tous les deux ? Car il n’y a pas deux poids deux mesures”.Les deux élèves furent bien entendu admis en classe supérieure.

     Ce jour-là, trois élèves avaient commis je ne sais quelle infraction. Un pion les avait surpris en flagrant délit mais il n’avait pas pu les appréhender car ils avaient réussi à s’enfuir. Il avait fait son rapport à Monsieur Bolloré, mais n’en avait pu en identifier que deux. Les deux élèves furent donc convoqués dans le bureau du surveillant général et monsieur Borde s’y trouvait aussi.

     Comme à son habitude, le proviseur reprocha aux deux coupables leur indiscipline et leur fit tout un discours sur la nécessité d’une discipline rigoureuse etc….  Et il conclut son propos par une consigne du dimanche pour les deux fautifs. Puis il ajouta

     “Mais ce n’est pas tout. Monsieur X (le surveillant) a rapporté à Monsieur Bolloré que vous étiez trois. Je vous demande donc de me dire qui était le troisième élève”

     Les deux élèves se regardaient d’un air affolé mais aucun ne voulait répondre.

     “Allons ! insista Monsieur Borde. Il me faut le nom du troisième coupable. Il n’y a aucune raison pour qu’il ne soit pas puni lui aussi”

     À la fin, l’un des deux élèves se jeta à l’eau : “C’est Borde Monsieur le proviseur !!”

     “Eh bien ! Borde Pierre aura sa consigne comme les autres ! Bien, allez rejoindre votre classe et que je ne vous revoie plus dans de pareilles circonstances !”

     Les deux élèves ne se le firent pas deux fois et filèrent en toute hâte. Dès qu’ils furent partis, Messieurs Borde et Bolloré éclatèrent d’un rire sonore, évoquant la mine terrorisée des deux lascars obligés de livrer au proviseur le nom de son propre fils comme coupable.

     .                                                   Jean-Noël Berthemet

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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 11:10

                                                             Milieu familial: Robert Gravot naît à Brest le 22 août 1912, aîné d'une fratrie de 3 garçons. Il est issu du milieu populaire caractéristique du début du siècle dernier, “d'avant 14”. La famille est d'origine morlaisienne par le père , brestoise et de Plancoët par la mère. D'un côté comme de l'autre, on a quitté la condition paysanne depuis au moins deux générations et on est au coeur de la vie urbaine et ouvrière. Robert Gravot a un grand-père charpentier et un père ébéniste. Celui-ci a fait son apprentissage dans une fabrique à Brest puis un tour de France sans pour autant appartenir au compagnonnage. Il porte en lui tous les traits de l'ouvrier engagé dans la lutte sociale. Socialiste, admirateur de Jaurès, plein  d'aspirations révolutionnaires, travailleur acharné, il exerça toute sa vie une très forte influence morale et civique sur son fils. Il a le culte du savoir, croit en l'humanité et à la grande nécessité de “l'élévation du peuple”. Il fait, comme tous ceux qui lui ressemblent, toute la guerre 14-18 et participe à l'occupation de la Rhénanie en 1919. Il exerce, avec souvent bien des difficultés, son métier d'ébéniste jusqu'à la fin de sa vie à 80 ans.
        Enfance. Robert Gravot est à l'école pimaire Guérin l'excellent élève dont rèvent  tous les parents.Proposé et admis à l'examen des bourses, il entre par cette voie, avec seulement quatre autres petits brestois, au Lycée de Brest de la rue Voltaire comme demi-pensionnaire. Il persévère dans l'excellence, puiqu'au terme de ses études secondaires, il reçoit le grand prix d'honneur du Lycée. C'est probablement sa rencontre avec son professeur Robert Herzzkowiza, qui enseigne alors la philosophie, qui décide de son propre engagement dans cette voie.
       Études: Novembre 1930 et c'est le départ pour Rennes où vient de s'ouvrir une “Khagne”, première supérieure, au Lycée. Il y reste quatre ans,pensionnaire et boursier, en même temps qu'il suit les cours de l'Université. Ce sont des années essentielles tant par la personnalité des professeurs que par celle des “khagneux”, confrérie paticulière où l'amitié, la curiosité et l'humour comptent autant que les études. Il y rencontre comme condisciple Paul Ricoeur avec qui il selie d'amitié et dont il reconnaît très vite l'influence qu'il peut avoir sur sa propre pensée.
       Licencié ès lettres en 1934 et diplômé d'études supérieures de philosophie un an plus tard, il quitte Rennes pour Paris, en vue d'y préparer l'agrégation. Période difficile pour des raisons de subsistance (il a obtenu un prêt d'honneur de l'université de Rennes) mais extraordinaire sous l'angle des rencontres et de l'immersion dans le bouillon de culture (Gabriel Marcel et d'autres), extraordinaire aussi par les circonstances dont l'avènement du Front Populaire. C'est de même, pour lui, l'évéil à une véritable conscience de la réalité politique et de l'interrogation sur le rôle de la philosophie dans la cité.
      Après avoir effectué un remplacement au lycée de Brest, il est nommé, le 3 octobre 1936, “délégué pour l'enseignement des Lettres et de la Philosophie” au collège de Nyons dans la Drôme, alors en voie de formation.Il se marie à Madeleine Berthon, après de longues fiançailles, le 30 décembre suivant et, ensemble, ils passent une année commune à Nyons, la seule avant juin 1945. Il obtient l'agrégation le 30 septembre 1937. Il a 25 ans.
          Les années de plomb: Sursitaire jusqu'alors, Robert Gravot effectue son service militaire au cours de l'année 1938. Affecté à Guingamp puis au camp d'Auvours, près du Mans, il accède au grade d'aspirant. Nommé professeur de philosophie au lycée de Brest en octobre 1938, il y enseigne peu en raison de plusieurs rappels aux armées. Le dernier d'entre eux, en 1939, le conduit à la vraie guerre et il participe aux combats en Hollande et en Belgique. Fait prisonnier à Dixmude en mai 1940, il va connaître la captivité pendant plus de cinq ans, principalement au camp de Stablack, près de Koenisberg en Prusse-Orientale. Stablack est le camp où les Allemands ont regroupé les aspirants qui sont pour la plupart des intellectuels, parmi lesquels beaucoup d'enseignants et de nombreux étudiants. C'est un milieu qui réagit très vite aux conditions de vie imposées, qui s'organise et qui refuse de sombrer. Le plus remarquable est, sans aucun doute, l'organisation d'une véritable université où non seulement tout professeur enseigne, mais où il reste aussi l'étudiant de ses propres collègues. Les examens passés par les plus jeunes seront validés après 1945. Robert Gravot participe largement à ce mouvement: il enseigne, fait des conférences, demande constamment à sa femme de lui faire venir des livres de France. Il profite de ses collègues pour approfondir ses connaissances en histoire, mathématiques et langues. Il y a là de nombreux philosophes avec qui la discussion ne cesse jamais et jamais, sans doute, il y en eut autant dans un espace aussi confiné. Si la grande question demeure toujours présente, “à quoi peut servir une telle activité de l''esprit?”, sa réponse sera toujours la même: garder l'espoir. Il a réussi à le communiquer, cet espoir, puisque l'un de ses amis écrit alors de lui: “Il a un tel bon sens, une tellement bonne vue des choses, qu'on aime à l'avoir près de soi pour reprendre pied lorsque l'on ne sait plus si l'on marche la tête en bas ou non”.  
 De toute cette période, qui confine à l'ascèse entre barbelés, Robert Gravot, plus tard, n'en parlera que très peu et n'y fera jamais référence. Non seulement  il n'en tirera aucun titre de gloire mais surtout il la portera en lui comme la rançon d'une défaite humiliante. Pour s'en expliquer, il préfèrait renvoyer à la lecture de Marc Bloch. 
      La renaissance et l'action :  Le 15 juin 1945, Robert Gravot, libéré par les Russes et rapatrié par les Américains, revient à Brest qu'il ne quittera plus. La ville est en ruines et rien n'est reconnaissable. Tout est à reprendre et on s'accommode du surréalisme de nombreuses situations. Ainsi en 1939 ou 1940, Robert Gravot avait été “nommé et non installé pour absence” (et pour cause!) au lycée d'Angers. Puis le 3 octobre 1941, toujours en son absence, il était nommé au lycée de Rennes, en remplacement de monsieur Ricoeur, “nommé et non installé”( pour la même raison!). Mais en 1945, il ne s'installe pas à Rennes, à la suite d'une rencontre fortuite au cours de l'été avec monsieur Michonneau, nouveau proviseur du  lycée de l'Harteloire qui n'est pas encore ouvert. Monsieur Michonneau vient lui-même d'Angers (!). Le professeur n'est pas “installé” à Rennes où il n'a pu trouver à se loger et le proviseur nommé à Brest mais “installé” à Landerneau, n'a ni lycée ni professeur de philosophie nommé. Sur le chantier boueux des baraques naissantes, un pacte est rapidement scellé entre les deux hommes, pacte auquel le recteur de l'académie de Rennes donne immédiatement son accord. Robert Gravot est nommé à Brest et s'y installe.
      Cette anecdote est hautement symbolique de ce que fut alors la renaissance conjointe de la ville de Brest et du lycée. Pour Robert Gravot, il y a dorénavant indissociabilité entre son métier d'enseignant et son engagement dans la vie publique. En novembre 1945, il est appelé à prononcer un discours à l'occasion de l'inauguration des nouvelles installations en baraques: “Le lycée provisoire”. C'est un véritable appel à la reconstruction de la ville, du pays et de la culture . Il entre au conseil municipal de Brest en 1953 puis au conseil général du Finistère  en 1958. Son activité politique est alors intense mais le lycée reste sa base première. Il aime son métier et, tout autant, il aime ses élèves qui le lui rendent bien. Il aime particulièrement sa philo-lettres où, à raison de neuf heures par semaine, il tient réellement ses élèves en haleine. Comment un tel programme, celui de l'époque, pouvait-il passer dans tant de jeunes têtes? Sa réponse était que précisément la jeunesse est le seul âge où l'on peut prendre du plaisir à tenter de comprendre le monde. Pendant quelques années, il enseigne aussi en math-élem, de même qu'à l'École Navale et aux écoles techniques de la marine, milieux excellents à ses yeux pour tâter un peu de la philosophie des sciences. Ses cours sont toujours renouvelés d'une année sur l'autre et continuellement retravaillés, souvent fort tard dans la nuit. C'est un philosophe de la parole et du discours, qui délaisse sa chaire et déambule de long en large dans les allées de sa classe. Tous ces élèves s'en souviennent avec émotion, dans les baraques de l'Harteloire de 1945 à 1955 puis à Kérichen jusqu'en 1975.
     Del'effervescence des premières années d'après-guerre, il faut retenir aussi le véritable lien qui se crée entre le lycée et la vie de la cité. C'est en particulier ce qui permet le départ d'un nouveau cercle Universitaire où de nombreux professeurs, mais aussi bien d'autres Brestois, s'engagent et c'est le premier pas vers la renaissnce de la vie culturelle à Brest. Même point de départ: une baraque puis une bibliothèque, un cycle annuel de conférences, l'organisation de concerts, d'expositions, une troupe théatrale.....Robert Gravot préside le Cercle jusqu'en 1954 lorsque la Société d'Études de Brest et du Léon prend le relais.
     Puis le temps passe. Des classes supérieures sont créées au lycée, dont une classe de Lettres Supérieures où il assure le cours de philosophie. Puis surviennent deux autres évènements majeurs où son activité s'est déployée : La création, en 1962, d'une École Supérieure de Commerce, à l'initiative de la Chambre de Commerce et d'Industrie et dont celle-ci le nomme directeur (nouveau champ d'expérience pour lui) et la création d'un Centre d'Études Supérieures ( Collèges scientifique et littéraire) qui deviendra l'Université de Bretagne Occidentale). Pour poursuivre la tradition brestoise, ces établissements commencent leur existence dans des baraques au voisinage de l'Harteloire.......
     Dès la fin des années 50, tant au conseil municipal qu'au conseil général, Robert Gravot n'a cessé de plaider de toute sa conviction, pour la création d'un véritable pôle d'enseignement supérieur à Brest et dans l'ouest breton. Il y voit bien des raisons: près de la moitié des étudiants regroupés à Rennes sont des Finistériens, mais surtout, il est convaincu, dès cette époque, que la création d'un pôle d'enseignement supérieur, puis, au-delà, de recherche, est un élément déterminant du développement de la cité. Le rôle qui est le sien, aux côtés des professeurs Eugène Bérest et Yves Le Gallo, dans cette aventure, son obstination même ont porté leurs fruits. Il mettra la même conviction dans le développement culturel.
     C'est en effet ce domaine, la culture, qui sera son dernier champ d'action publique. De 1971 à 1976 il est adjoint au maire, chargé de la culture, dans les municipalités Lombard et Bérest. La vie culturelle brestoise a pris de nouvelles formes; elle s'est reconstituée puis largement diversifiée: Musée, Écoles des Beaux-arts, de musique, bibliothèques et le tout nouveau Palais des Arts et de la Culture...On est loin des temps héroïques d'il y a 30 ans. Qu'est-ce qu'une “politique culturelle” à l'échelle d'une grande ville et d'un public qui, déjà, la déborde largement? Pour Robert Gravot, deux soucis l'emportent : celui de la qualité , de la renommée et celui de l'accès du plus grand nombre à toutes les formes de la culture. Pour lui derrière ce mot, il y a le savoir, la connaissance et le bonheur.

     Il prend sa retraite de professeur en 1975 mais il reste philosophe de la vie.....pour un an seulement. Il meurt subitement un matin de novembre 1976 alors qu'il s'apprête à se rendre sur le cours Dajot inaugurer une stèle à la mémoire de son cher poète Victor Ségalen.
                                  Daniel Gravot
                                                                                                                                                 
           
  
           

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 14:51

Voici le deuxième volet de notre série sur les professeurs qui ont marqué notre lycée.
Il s'agit de la vie de madame Berthemet par son fils Jean-Noël.

Cliché pris par une élève de 4ème
en 1933 au lycée de la rue Voltaire

 

   Madame Berthemet est née Yvonne Mussat, le 31 juillet 1906 à Brest. Elle est l’aînée d’une fratrie de sept enfants nés entre 1906 et 1925. Son père, Alfred-Émile Mussat était officier de carrière. Il termina au grade de général de brigade en 1940. Une rue de Brest porte d’ailleurs son nom. La jeunesse de ma mère se déroula, du fait des fréquentes mutations de son père, pour les “nécessités de service”, dans plusieurs villes de France.

   Cependant, la majeure partie de sa scolarité eut lieu au lycée de jeunes filles de Brest, rue du château. Elle obtiendra notamment un prix d’Honneur qui lui sera remis par l’amiral Guépratte* en personne.

   Études supérieures à Paris, à l’École Normale Supérieure de Sèvres.

   Reçue à l’agrégation d’Histoire et Géographie en 1928 (elle n’avait pas encore 22ans…)

   Au début, sa carrière sera plus ou moins liée, pour ce qui est de son lieu d’exercice, aux mutations paternelles.

   Elle se marie à Fontenay-le-Comte le 12 novembre 1931 avec Georges Berthemet, commissaire de la Marine, ce qui lui vaudra d’être nommée au lycée de jeunes filles de Brest, comme professeur, son mari étant en poste sur un navire de guerre basé dans cette ville.

   Ils auront quatre fils de 1934 à 1940 : Jean-Noël, Yves-Marie, Loïc et Hervé qui, tous, effectueront tout ou partie de leur scolarité dans le lycée en baraques.

   Elle sera professeur dans le lycée de filles jusqu’en 1941, date à laquelle elle rejoindra avec sa famille son mari qui avait été muté à Toulon après l’armistice (de 1939 à 1941, il n’avait guère été présent à Brest…)

  Elle enseigna dans un lycée de cette ville, après avoir refusé une nomination qu’on lui avait attribuée à Nice…

   Elle effectuera un séjour à Marseille de 1943 à 1945 toujours pour suivre son mari qui avait été muté dans cette ville. Elle enseignera au lycée Mongrand.

   Elle rejoint Brest en 1945. Elle fut l’un des premiers professeurs à recevoir une nomination pour le lycée en baraques ainsi que sa sœur, Françoise Mussat, également agrégée d’Histoire et géographie.

   Elle accomplira par la suite toute sa carrière au lycée (devenu mixte) d’abord dans les baraques puis, à partir de 1955, au lycée de Kérichen, où les classes du second cycle, dans lesquelles elle enseignait, avaient été transférées.

   Elle fut nommée plus tard professeur de Géographie dans les classes préparatoires à H.E.C, à dater de leur création au lycée de Kérichen.

   Elle prend sa retraite en 1971, après 43 ans de carrière ! Elle décède à Brest l 12 juillet 1998

                                                 Jean-Noël Berthemet

                                                       Oct. 2008

*Vice-amiral Guépratte (1856-1939): amiral français célèbre par sa bravoure et ses foucades. Il se distingua à la bataille des Dardanelles en mars 1915 et fut surnommé par les Anglais “Fire-Eater”.

École nationale supérieure de Sèvres en 1925.
Yvonne Mussat-Berthemet est au 1er rang debout, 3ème à partir de la droite. Tout en haut à droite, en robe blanche adossée au pilier, se trouve Melle Jeanne Cam, professeur de mathématiques à l'Harteloire de 1949 à 1964.

Madame Berthemet et son fils Hervé en 1948

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19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 19:17

Notre vieux “bahut” a  vu enseigner et parfois sévir quelques professeurs à la personnalité  très affirmée et qui sont restés encore très présents dans notre souvenir.Il nous a paru intéressant de demander à leurs enfants ou à leur descendants de nous rappeler en quelques lignes la biographie de ces “fortes têtes”. À tout seigneur, tout honneur, nous commençons cette série par le père fondateur du lycée, le proviseur Michonneau. C'est son fils, Jean-Louis, qui a rédigé cet article.




Biographie de Monsieur André MICHONNEAU:

 

                                                                         Proviseur Honoraire

                                                                                     Chevalier de la Légion d'honneur

                                                                                     Commandeur des Palmes Académiques

 

 

 

André Michonneau est né à L'Absie (Deux Sèvres) le 27 décembre 1901 dernier né d'une famille nombreuse. Son père était boulanger dans cette commune et il y vécut la vie de village jusqu'à la mort de sa mère quand il avait 7 ans.

Il fut alors recueilli par ses tantes, frères et sœurs aînés jusqu'à son entrée au collège St Hilaire à Niort où il y fit de brillantes études qu'il poursuivit à la faculté de lettres de Poitiers. Il y obtint à 19 ans une licence d'histoire et géographie.

Passionné d'histoire il passa son diplôme d’études supérieures dans cette matière et prépara ensuite l'agrégation à Lyon .Il obtint son Certificat de stage pédagogique  en 1923

Entre temps il se fiança, mais dut partir faire son service militaire qu'il fit comme élève officier de réserve puis comme sous-lieutenant.

Il se maria pendant ce service en 1924 et obtint son premier poste à Amiens où naquit sa première fille en 1925.

Les nominations se succédèrent  et la famille s’agrandit jusqu’à compter 6 enfants.

                            1925-1927: Laval

                            1927-1932: Baumes les Dames

                            1932-1935: Chaumont

                            1935-1938: Guéret où il devient Censeur des études

                            1938-1945: Angers où le Proviseur titulaire, collaborateur notoire des allemands s’enfuit en Suisse. Début 1944, André MICHONNEAU fut donc délégué comme proviseur mais posa un problème à l’administration car il n’avait pas la qualification réglementaire pour occuper ce poste.Le 19 octobre 1944 il fut convoqué au rectorat de Rennes où on lui soumit le marché suivant :

S’il pouvait recréer un lycée à Brest et assurer la rentrée 1945 il pourrait prétendre à la titularisation. Il reçut sa nomination en avril 1945 et se mit au travail sur Brest et sur Landerneau.

Il se donnât à fond dans ce défi et la rentrée de 1945 eut bien lieu (avec un peu de retard et beaucoup d’improvisation).Le premier lycée mixte de France était né, avec externat et internat. Il fut récompensé de ses efforts par sa nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur.

Il s’en suivit une période de rodage et de préparation du futur lycée de Kérichen, mais nostalgique d’Angers où reposait l’une de ses filles, décédée en 1943, il demanda sa mutation pour cette ville.

Il y fut nommé en 1951 et y resta jusqu’en 1956

Pour raison de santé il demanda à être nommé à Arcachon où il put aussi réaliser un internat mixte qui n’existait pas dans cet établissement.

En 1961 il demanda sa mise à la retraite, et se retira dans l’île de Ré où il séjournait chaque vacance depuis 1930, et où il put donner libre cours à ses passions : l’histoire et la marche à pied.

Après quelques hivers passés sur la Côte d’Azur, il s’installa définitivement à Juan les pins en 1972 où il décèdera accidentellement en 1977.

 

Discours d'adieu du proviseur Michonneau

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