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Mot du président

 En 2005, 60 ans après l’inauguration du lycée en baraques sur la place de l’Harteloire, entourée des ruines de la ville anéantie, Claude Spagnol, Jean-René Berthemet, encouragés par le souhait d’Edouard Landrain, député de Loire-Atlantique, lancent l’initiative de la création d’une association des anciens élèves de cet établissement hors normes.

Un article dans le Télégramme, l’exploitation d’une première liste établie en faisant appel aux souvenirs de quelques-uns uns, permirent de réunir en assemblée générale constitutive, le 30 septembre 2005, une soixantaine de membres.

 Depuis, l’organisation de deux sorties, l’une en avril 2006 à Kerhuon, l’autre en août au Faou, à laquelle ont pu se joindre des anciens ayant quitté la région, mais qui lui restent fidèle pour la période estivale, ont permis d’élargir le recrutement et de tracer un programme d’actions dans lesquelles l’association pourrait s’impliquer, conformément à ses statuts.

Mais l’association dont le but est la convivialité retrouvée, ne sera active et vivante que si ses différents membres sont prêts, notamment à partir de ce site informatique, à apporter leur contribution à cet intérêt de se retrouver et d’échanger  les souvenirs communs malgré le temps qui nous a séparé.

 

 

 

 

 

 

                                 Albert LAOT

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Conseil d'admin

Président: Albert Laot
Vice-président: Claude Spagnol
Secrétaire: Yvette Prigent
Trésorier: René-Louis Guiavarch
Trésorier adjoint:: Jean-René Poulmarc'h
Courrier: Annick Blaise
Membres:
Jean-Noël Berthemet
Daniel Gravot

René L'hostis
Bernard Oliveau
Michelle Péron-Pochet
Jeanne Romeur

Archives

29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 17:41

 

 

Gallia Aeterna

 

T’ayant vaincue après une lutte inégale

Rome par ses marchands crut changer ton destin

Elle t’apportait la loi, l’Olympe et le Latin

Contre tes noms gaulois et tes dieux tricéphales

 

Et ton âme fantasque, aux changeantes spirales,

A été redressée par l’ordre transalpin

Les viae romanae ont couvert les chemins

Et les rites  chrétiens tes fêtes pastorales

 

Étrangers au forum tes bardes se sont tus

Et par les nuits sacrées les druides chevelus

N’ont plus été cueillir le gui du chêne-rouvre

 

Mais gauloise est la source échappée de ton roc

Et le fleuve et le lac et dans l’aube qui ouvre

Les matins triomphants : l’alouette et le coq.

 

Henri-Jean Turier

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 10:49

 

 

 

 

L’ANCRE DE MISÉRICORDE

 

     Chacun sait (ou ne sait pas) ce qu’est une “ancre de miséricorde”. C’est celle que l’on jette à la mer quand un bateau va à la dérive, la dernière ancre, celle de la dernière chance. Au sens figuré, pour un homme, c’est la planche de salut pour éviter qu’il ne sombre. Le thème du roman éponyme de Pierre Mac Orlan est un règlement de comptes dramatique entre trois hommes, trois hommes que l’on pourrait qualifier, à la manière du film italien : “le bon, la brute et le truand”. Trois hommes : un marin en retraite, un collégien, un forçat (on dirait encore à la fin du XVIIIième siècle, un galérien). Le premier, profondément déçu par sa vie passée, qui a été un cuisant échec, n’attend plus guère que de faire selon l’expression de Mac Orlan “un trou dans l’eau”. Il ne refera surface que grâce à une “ancre de miséricorde”, personnalisée par le collégien. Cette planche de salut, c’est l’extraordinaire amitié qui va se créer entre les deux hommes, le vieux et le jeune. Quant au forçat, la brute, lui n’a aucune envie de faire son trou dans l’eau. Il veut vivre, du moins jusqu’à qu’il puisse assouvir son désir de vengeance, un désir qui le taraude jour après jour. Se venger du truand qui l’a fait condamner à sa place, un truand dont il aura la peau, dût-il y laisser la sienne. Le collégien, troisième protagoniste, le bon, a réussi le tour de force d’être l’ami des deux autres. Il veut tout faire, et il fera tout, pour leur venir en aide. Comment ? Dieu seul le sait.

 

     Comme dans tous les romans de Mac Orlan il n’y a pas de “happy end”. Il n’a pas écrit ce thriller pour raconter une belle histoire mais pour nous interpeller, nous ses lecteurs. Lequel d’entre nous est sûr d’avoir “une fin heureuse” dans l’aventure humaine qu’est sa vie ?

 

 

 

     Le côté maritime de ce roman où la psychologie se taille la part du lion se résume en une superbe goélette, la “Rose de Savannah”, à l’ancre au fond de la rade et qui ne larguera les amarres qu’en fin de récit pour cingler toutes voiles dehors vers le providentiel goulet, porte ouverte, en apparence, sur le grand large et la liberté. Le trois-mâts est-il pourvu d’une ancre de miséricorde ?

     Le grand port du Ponant, sa rade et la mer d’Iroise qui la prolonge, sont le fond de décor d’un théâtre d’opérations où s’affrontent des navires mais surtout deux sentiments, l’amour et la haine.

 

                            H-J Turier

                      Brest,  8 juillet 2013

 

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 15:23

Voici un court article que le Dr Turier appelle un simple exercice de style. À vous de juger!

 

 

SOIT DIT EN PASSANT

 

     “Tu veux ou tu veux pas ?” Qui ne se souvient de ce titre d’une chanson, passablement populaire d’il y a une trentaine d’années. C’est une question qui est posée. Dans un langage plus soutenu et donc plus correct, on dirait : -“Veux-tu ou ne veux-tu pas, c’est oui ou c’est non ?” Les militaires préféraient, moins sujets à confusion : affirmatif ou négatif ? Toute action a son contraire, toute médaille son revers, toute lumière son ombre. La France se singularise par sa façon de dire non. Pardon ! Oui. Lisez ou mieux écoutez nos voisins européens quand ils parlent du myosotis, que disent-ils ? “Forget-me-not”, “Vergißmeinnicht”, “Nomeolvides”. Un verbe et un adverbe et c’est tout. Et chez nous : un verbe  mais deux adverbes qui prennent le verbe en sandwich !! Eh oui ! NE et PAS. Totalement français ce PAS, “quite french”. Doit-on s’en féliciter ?

     Il n’en a pas toujours été ainsi. Cet adverbe ne vient pas du fond des âges. Songeons à Ronsard, songeons à Rohan. “N’attendez à demain, cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie“ a dit le poète qui a économisé un PAS. “Roi ne puis, duc ne daigne, Rohan suis” a dit le prince qui en économise deux. Nous qui sommes du commun des mortels, ne pouvons en faire autant. Avouons néanmoins que notre adverbe NE placé en solitaire, surtout quand il s’élide en N’ fait pâle figure, quasiment inaudible. Il ne tient pas (!) la route  à côté des négations de nos chers voisins européens : NOT, NICHT, NO etc…Il en est de même chez les Arabes : MA et chez les bretons bretonnants : KED. Et pour cause, ils ne connaissent pas les syllabes muettes, si douces à l’oreille pourtant mais sans relief. Comment donner du relief à notre NE national ? Comment renforcer un adverbe aussi fragile ? Pour soutenir les toitures des églises gothiques il y a des contreforts voire des arcs-boutants. Pour soutenir ce NE, le PAS est un contrefort idéal. Et en effet depuis sa mise en place il y a quatre siècles il a fait merveille. Rien que depuis le début de ce texte, j’en ai placé une douzaine. Dans nos conversations, dans nos écrits, que de PAS !! Des PAS dont on a totalement oublié que ce n’est pas à l’origine un adverbe mais un nom commun, désignant tantôt une trace de pied sur le sol, tantôt une enjambée, une chute évitée ou la distance séparant mon talon de pied en avant des orteils de mon pied en arrière*. Que vient-il faire ce PAS dans une négation ? On l’a dit, il n’a pas toujours été là. Mais alors et avant ? Quel contrefort ? Y en avait-il seulement ?

 

 

MIE, GOUTTE, POINT

    

     On a commencé par peser sur le contexte après le verbe.

      “Mangez-vous ?   “Je ne mange même une seule miette”

     “Buvez-vous ?”   “Je ne bois même une seule goutte”

Et de fil en aiguille, ceux qui ne voyaient ou ne regardaient se servir du “point” de “punctum” latin, piqûre d’aiguille, soit la plus petite étendue visible. Mie, goutte, point, trois noms communs qui accédèrent au grade d’adverbe (de demi- adverbe !).

     Et un jour est venu à leur rencontre le PAS :

 

 

 

 

 

     “J’avance”   “Je n’avance même d’un seul pas” Extraordinaire la fonction du nouvel arrivant qui bouscula ses prédécesseurs, jugé trop littéraires peut-être et pas assez sonores certainement. À leur encontre, l’intrus avait pour lui la brièveté claquante d’un coup de baguette ou d’un carreau de pétanque. Au XVIième siècle revinrent à leur sort habituel de noms communs la mie, la goutte, le point. Il a fait pire notre nouveau venu. Tel un coucou qui pond dans tous les nids et prend la place des propriétaires légitimes, notre demi-adverbe terminal a chassé le premier adverbe qui était pourtant la raison d’être de la négation. Certes pas toujours et seulement dans le langage oral plus ou moins relâché, mais quand même !

“Touche pas à mon pote..”, “Pas touche  SVP!”. Plus soutenu le langage des amoureux quand ils effeuillent la marguerite. “Un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout…”. Les textes sacrés, qui l’eût cru, eux aussi, négligent le NE. “Non nobis Domine, non nobis”. En latin la négation est correcte, en Français elle ne l’est plus : “Pas à nous, Seigneur, pas à nous…”

 

VIVE LE PAS

 

     Lutte inégale on le voit entre les deux termes qui nous font connaître la négation. Oh combien inégale ! Cela dit, on aurait tort de le déplorer. Chantons sa victoire ! Non seulement il a poussé dans l’ombre les autres formules de négation mais, cerise sur le gâteau, il met le Français à l’honneur. Essayez donc de traduire PAS dans une autre langue. À quoi est due cette primauté ? À sa sonorité ? Pas seulement. André Cailleux, un éminent linguiste, a vu autre chose. Emboîtons lui le pas. Il compare les divers arcs-boutants de la négation. “Entre l’immobile (le point, la mie, la goutte) et le mouvement (le PAS) notre langue a choisi le mouvement. Sans mouvement, pas d’acte, pas d’action, pas de vie…”

     Chacune de nos vies est une route semée d’une myriade de pas, ceux que l’on dit, ceux que l’on fait depuis le premier attendu avec tant d’impatience par le cercle de famille, jusqu’au dernier qui marque la fin du voyage. La mort n’est-elle pas un pas vers l’au-delà ? mais cette fois je vais trop loin, ne trouvez-vous PAS ?

 

                                           Brest le 4 Août 2012

                                 

                                                   H-J TURIER

(*) Les médecins et en particulier les chirurgiens ou les dermatologues et les podologues, décrivant le pied, parlent de talon avant et de talon arrière.

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 16:15

NAUFRAGE ET AGONIE

 

Le radeau de la Méduse

                                             radeau-de-la-meduse-1-1-.png

 

 

     

 

     “-L’amarre s’est rompue. Le radeau n’est plus remorqué !

     -Que doit-on faire alors ? L’abandonner ?

     -L’abandonner ! ”

Rien ne résume mieux la situation que cet échange de phrases entre ces deux hommes dont l’un est  le commandant du navire, seul maître à bord après Dieu dans toutes les marines du monde et l’autre l’un de ses adjoints. Mais c’est le commandant qui pose les questions, ce qui montre son incompétence et une autorité qui laisse à désirer.

     La frégate la Méduse qui a appareillé de l’île d’Aix le 17 juin 1816 vient de s’échouer ce 2 juillet sur le banc d’Arguin à 160 km de la côte mauritanienne et la faute en incombe au commandant Duroy de Chaumarey. Chacun des trois cents et quelques passagers qu’elle menait à Saint-Louis du Sénégal croit sa dernière heure arrivée. Heureusement la moitié d’entre eux pourra en se tassant embarquer sur les cinq canots de sauvetage réglementaires qui gagneront à force de rames la côte africaine. Et l’autre moitié ? Elle ira sur le radeau. Celui-ci n’est en réalité qu’une épave à la dérive et ses occupants condamnés à l’abandon. Qui eût pensé  que ce radeau qui eût du être une planche de salut pour les cent cinquante abandonnés allait être ourla quasi-totalité leur dernière demeure?  Cette embarcation de fortune n’est en fait qu’un caillebotis flottant, tanguant et roulant, fait de madriers, de mâts, de vergues assemblés en urgence et liés par des drisses, des haubans et autres filins arrachés au navire en détresse. Aux traumatismes inévitables par chocs et contusions va s’ajouter très vite la torture de la faim, de la soif et du désespoir conduisant au suicide et à l’homicide volontaire par noyade et arme blanche.

     Jour après jour, ce radeau sera le théâtre d’un calvaire, véritable “struggle for life” que Darwin préférait appeler “survivance du plus apte”. Après quatorze jours et quatorze nuits, ne resteront“àbord”que quinze des plus aptes.

     Trois de ces miraculés survivants ont été vus et interrogés à Morlaix par Boucher de Perthes, l’archéologue bien connu des Bretons. Leur récit fait frémir. “Nous nous sommes nourris de chair humaine. Nos sauveteurs ont pu voir sur le plancher des lambeaux de peau et de chair mis à sécher. Certains d’entre nous n’attendaient pas que les malheureux fussent morts. On les tuait.” L’action judiciaire eut le retentissement qu’on devine et partagea la France de la Restauration en deux, un peu comme cinquante ans plus tard, l’affaire Dreyfus. Ici ce n’était pas l’État-Major de l’armée qui était mis à mal mais celui de la Marine qui eut préféré que l’on jetât un voile pudique sur cette “fortune de mer”. Le capitaine “courageux” Chaumarey, coupable inconscient du naufrage et du sauve qui peut qu’il a entraîné a été condamné à trois ans de prison, dégradé, radié des ordres de chevalerie (Saint-Louis et Légion d'Honneur). Le restant de ses jours (il mourra en 1841) il sera accablé d'injures.Sa dépouille ira à la fosse commune. En vérité, comme le dit Alain Decaux qui a longuement étudié le drame, ce procès, ce n'est pas un magistrat qui l'a instruit, ce n'est pas un tribunal qui l'a jugé. Le réquisitoire c'est le peintre Géricault qui l'a écrit avec son pinceau.Son tableau a fait le tour du monde et on peut saluer son courage, son audace et son génie. .  

                                        

                                                         Brest le 02/02/2012

                                                                 H-J Turier     

 

 

 

                                

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 11:10

SAIN DE CORPS ET D’ESPRIT

Bible et santé

 

 

 

 

 

LA NUIT PORTE CONSEIL

 

     L’autre jour un consultant remarque sur mon bureau une Bible :

 “-Vous un psychiatre, vous lisez la Bible ?

-Non seulement je la lis mais je la relis et je l’étudie. Si tous les patients faisaient comme moi, un grand nombre de psychiatres pourraient fermer boutique et aller à la pêche.”

     Ce dialogue surprenant s’échange entre un thérapeute très connu en Amérique, où il a créé l’institution “Religion et foi chrétienne”, et un de ses patients, dévoré d’angoisse, de culpabilité et d’insomnie rebelle.

     “-Comment cela se peut-il ?”

Pour toute réponse, le médecin prend la Bible et l’ouvre sur une des épîtres de saint Paul aux Éphésiens :

    “-Juste quatre mots : Having done all stand”.

     Traduits en français, cela fait un peu plus, mais le sens est le même. À peu près ceci : “Laissez tomber, demain cela ira mieux. Inutile, Monsieur, de creuser dix fois le même sillon, de tourner en rond. Laissez votre inconscient résoudre le problème”.

     “Inconscient”, le terme est terriblement moderne. On peut sourire ou s’indigner. Que vient faire le génial Freud dans cette galère biblique ? Et pourtant si le mot est moderne, la chose ne l’est pas, aussi vieille que l’humanité. L’inconscient est la partie immergée d’un iceberg dont la partie visible est la conscience. Quels que soient les soucis qui nous hantent, ils sont conscients et provoque une tension nerveuse qui vient bloquer le libre cours de l’énergie créatrice de notre inconscient. Le génial Freud n’a fait qu’habiller de jargon scientifique une réalité connue depuis trois millénaires. La sagesse des nations et la sagesse de la Bible marchent du même pas. Celle-ci dit : “à chaque jour suffit sa peine” et l’autre : “la nuit porte conseil”. Autrement dit, bonnet blanc et blanc bonnet. La science du XXième siècle apporte une terminologie ésotérique là où les Prophètes parlent en allégories et envolées lyriques.

     Des siècles avant Freud, ces Prophètes enseignaient que le Royaume de Dieu, contrairement à l’opinion générale, n’est pas au-dessus des nuages, hors de l’espace et du temps mais parmi nous, à l’intérieur de nous. Et surtout qu’il n’est pas une promesse de bonheur ineffable. Il est ici et maintenant et c’est un champ de bataille où le bien se mesure avec le mal, les vertus avec les vices et pour parler plus simplement, les forces d’amour avec les pulsions de haine et d’hostilité.

 

NE LAISSE PAS LE SOLEIL SE COUCHER SUR TA COLÈRE

 

     Le vrai Dieu n’est pas un dieu qui fait peur et dont il faut apaiser le courroux  mais un dieu d’amour. La peur la plus archaïque de l’être humain, présente chez ‘enfant qui s’essaie à ses premiers pas, est celle de tomber. Savoir qu’on est aimé a pour effet de donner confiance. Savoir, comme il est écrit au livre des Proverbes, que derrière nous il y a deux bras qui, éternellement, préviendront cette chute, dissipe cette peur. Et, avec plus de poésie, Isaïe nous apprend que “ceux qui comptent sur le Seigneur renouvelleront leurs forces et s’envoleront comme des aigles”.

     Plus près de nous, c’est le Nouveau Testament. La clé de voûte de la morale chrétienne est …“d’aimer son prochain comme soi-même”. Autrement dit, il fallait y penser, aime-toi toi-même. Ne fais pas comme de trop nombreux consultants de ce millénaire finissant qui hantent les cabinets des psychothérapeutes

. Ils ont perdu l’estime de soi et gagné un sentiment insurmontable d’infériorité et de culpabilité.

     Comme on le voit, les conseils pour mieux vivre ne manquent pas chez les auteurs sacrés. Et en point d’orgue cet admirable commandement : “Ne laisse pas le soleil se coucher sur ta colère”. Les victimes d’une agression, d’une torture morale ou physique ont devant elles trois voies possibles : l’oubli, le pardon ou la vengeance. Contrairement à La Fontaine qui disait que la vengeance est un morceau de roi et au dicton populaire qui en fait un plat à manger froid, la sagesse suprême montre qu’elle est surtout un plat qui empoisonne mortellement et le consommateur et le préparateur.

     Et en conclusion écoutons saint Jean. Ce qu’il dit mériterait d’être affiché dans les salles d’attente des cabinets de psychanalystes : “Quand vous connaîtrez la vérité, la vérité vous rendra libres”

 

                    H J Turier  Brest le 23 février 2011

 

 

 

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 09:33

 

En complément de l'article sur la sortie du 9 décembre prochain,“l'activité de l'après-midi” a été définie”. C'est le Dr et ami H-J Turier qui nous présentera avec le brio, les talents d'orateur et la grande culture qui le caractérisent et  sous une approche psychologique et quasiment théologique, le calvaire de Plougastel et dont le texte ci-dessous vous donne un aperçu.

 

LE CALVAIRE DE PLOUGASTEL

 

     calvaire 20001De la peste, Monsieur saint Roch et toi aussi Monsieur saint Sébastien, préservez-nous”.

     De cette peste, fléau de la Bretagne en 1598, est né le magnifique monument votif de Plougastel, un des plus beaux de la Bretagne. Les deux saints guérisseurs invoqués, Roch et Sébastien, s’offrent à nos regards admiratifs depuis quatre siècles dans la niche de la face ouest du fameux calvaire. On dirait deux idoles du Panthéon grec dans leur “naos”*. Mais ce n’est pas pour notre dégustation esthétique de touristes que l’artiste a mis en scène plus de 150 personnages en grès de Kersanton mimant sur les quatre faces et la plate forme du monument le début et la fin de la vie de Jésus-Christ, en arrière plan des deux saints anti-pesteux sous leur fronton de temple antique. C’est pour notre méditation sur la Bonne Nouvelle du Salut. Au-delà de l’aspect narratif et anecdotique des saynètes (28 au total) de l’Évangile, dont les deux plus grandes fêtes de l’année liturgique se font les échos, Noël et Pâques, c’est un enseignement qui nous est donné. Quel enseignement ? À la fois théologique et psychologique. Un exemple entre mille : “Aime ton prochain comme toi-même” clef de voûte du message évangélique, illustré par plusieurs tableautins sur l’une ou l’autre des quatre faces. Une lecture théologique s’attache aux trois premiers mots : l’amour de l’autre, le pardon…. Une lecture psychologique met l’accent sur la fin : aime toi toi-même. Le manque d’estime de soi, le sentiment de dévalorisation est une des plus fréquentes causes de la dépression. Mais l’ancien adage ne disait-t-il pas : Charité bien ordonnée commence par soi-même ? On peut en dire autant de l’incitation au pardon des offenses, une des sept paroles du Christ mourant. La volonté de vengeance ajoute de la souffrance à la souffrance. Pardonnez est une question de survie disent les psychanalystes.

 

*Naos : terme d'architecture grecque qui désigne la partie principale d'un temple. Le naos — ou cella pour les Latins — est précédé d'un vestibule ou pronaos et suivi de l'opisthodome, avec lequel il ne communique généralement pas.

                                                    

                                                         Henri-Jean Turier

                                                           Novembre 2010

 

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 22:19

PILIERS VIVANTS

 

LES ARBRES

 

“La nature est un temple où des vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles

L’homme passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers”

          Baudelaire

 

     NEF OBSCURE

     “-Sais-tu ce qu’est une nef obscure ?

Quelle question ! Une nef d’église non éclairée ou peu éclairée. La nuit toutes les nefs sont obscures. ”

Pas du tout. “Nef obscure” c’est le nom que les historiens d’art, Henri Waquet par exemple dans son “Art breton”, réservent à certaines églises gothiques construites au Moyen Age qui ne comportent qu’une seule rangée de vitraux sur les bas-côtés. Notre Dame du Folgoët est une nef obscure. Rien à voir avec les églises nèo-gothiques du XIXième siècle comme celle de Saint-Laurent à Lambézellec, qui fait partie comme Saint-Martin à Brest de ce que l’historien appelle le “renouveau factice du XIXième siècle parfaitement éclairées celles-là”.

     Je me promène avec un ami brestois à qui j’ai promis depuis longtemps de parler de mon admiration pour“une nef obscure”. Je ne suis pas sûr qu’il m’ait bien suivi, surtout quand j’ai ajouté :

 “-À Lambézellec nous avons aussi une nef obscure. Non pas Saint-Laurent, beaucoup plus près, à Kereval Vihan.

     - Pardon ! Répète !!

     - Kereval Vihan, un lieu-dit de Lambézellec près de Bohars”.

Mon interlocuteur n’en avait jamais entendu parler. Comment imaginer un sanctuaire dans un tel coin perdu ! Encore plus grande fut sa surprise quand je lui appris que cette nef invraisemblable n’avait ni porche d’entrée ni chevet ni vitraux et, tenez vous bien, ni murs porteurs. En revanche des piliers, beaucoup de piliers s’épanouissant en magnifiques arcades ogivales. Mais dans cette nef obscure régnait une atmosphère incomparable de fraîcheur, de silence, de sérénité oh ! combien propice à la méditation voire à la prière.

     “-Ne cherche pas ! Mon église de Kereval n’en est pas une. C’est un sous-bois, une allée couverte, une route goudronnée qui serpente entre deux talus plantés d’arbres de haute futaie dont les ramures des cimes composent une voûte ogivale du plus bel effet. Les vitraux de ma nef obscure sont les étroits intervalles séparant les troncs.

     - Ah ! Évidemment, vu comme çà !” admet mon vis-à-vis qui n’en revient pas.

 

     UN TOIT, UN FRONTON

     Qui se douterait que quelle que soit la religion qui l’a mis en place, un sanctuaire est avant tout un abri, abri pour les hommes et abri pour les dieux. Partout où l’homme errant s’arrête pour fixer sa vie, trouver de l’eau est son premier souci, de la nourriture ensuite. Mais très vite il songe à se protéger des forces malfaisantes de la nature, du froid, de la pluie, de la foudre etc.….L’abri recherché peut être  naturel ou fait de sa main ; en ce cas c’est un toit et un toit nécessite un support. L’arbre est l’archétype, le modèle le plus ancien de ces supports de toit, l’ancêtre de toutes de toutes les colonnes, de tous les piliers qui se dressent sous un toit. Avant qu’il y ait des murs porteurs, il y avait des arbres. Un des plus grands historiens d’art sacré, Élie Faure, croit que le premier temple a été construit en Asie Mineure….“Des arbres plantés dans le sol par rangées de quatre formant rectangle croissant à leur sommet, quatre troncs horizontaux sur lesquels s’assied le toit en double pente pour l’écoulement des eaux de pluie….”

     L’Asie Mineure, c’est la Turquie actuelle. Franchissons les siècles et franchissons la mer Égée. Et nous voici devant le plus illustre des temples ayant immortalisé le génie grec : le Parthénon. Si grande est sa perfection qu’on l’a copié non seulement dans tout le monde hellénique (et hellénistique) mais dans l’immensité de l’empire romain. Après l’éclipse du Moyen-Âge, la Renaissance italienne va lui donner une nouvelle vie. On construira dans la chrétienté du Vieux Monde des églises du style nouveau. Vont se multiplier à l’infini colonnes et pilastres cannelés, chapiteaux corinthiens, entablements et surtout frontons triangulaires couronnant les porches d’entrée. Quelle fortune extraordinaire  que celle de notre humble crèche d’Asie Mineure, ses colonnades et ses traverses de bois! Sans chercher longtemps on peut observer quelques vestiges, quelques souvenirs de cette charpente primitive. Au moins deux. Lesquels? Tout d’abord les “triglyphes”. Ces trois traits jalonnant les entablements (ou architraves) rappellent les stries circulaires et concentriques témoignant de la croissance annuelle des fûts. Ensuite et surtout en façade du temple son couronnement, l’espace triangulaire que composent les deux bords inclinés du toit et la traverse horizontale qui les soutient. C’est le fronton, figure emblématique de l’art sacré de la Renaissance.

 

     DES MURS ET DES COLONNES

     Quand la religion nouvelle, celle du Dieu unique en trois personnes, est sortie au IVième siècle de l’ombre des catacombes et des grottes clandestines et a pu édifier des églises à ciel ouvert, elle aussi s’est inspirée de la nature forestière. Que sont en effets nos voûtes en berceau, nos croisées d’ogive s’élançant hors des piliers de nos nefs, que sont-ils d’autre que la réplique en pierre des élégants arceaux de branchage sortant en panache des troncs de nos essences forestières ?

     Mon interlocuteur reprend la parole :

“ Si je te suis bien, je vois que nos églises gothiques du Folgoët, de Brest et même de ta nef obscure de Kereval n’ont fait que continuer les temples antiques.

“Non. Pas du tout. Au moins deux différences entre les maisons de Dieu, celles du monde païen et celles du christianisme !”

    La première, lui dis-je, saute aux yeux. Ici les murs sous le toit, là des colonnes. Le temple, le temple romain sont entourés de colonnes, c’est le péristyle (ou portique) je dis bien : entouré. Le vrai temple est au centre de cette enceinte. C’est le Naos, les Romains disent la “Cella” (d’où notre français “cellule”). C’est là que réside la divinité, l’idole disaient les premiers chrétiens. Le Naos est inaccessible au public. Les fidèles n’ont droit qu’au péristyle pour leurs processions et leurs sacrifices. Pas de péristyle dans nos lieux de culte, à moins d’appeler ainsi, en jouant sur les mots, les travées de piliers séparant la nef des bas-côtés, un péristyle “intra muros” en quelque sorte. Ces piliers ne sont de simples supports ; leur valeur symbolique est grande. Ils représentent les apôtres, les douze apôtres piliers de la foi. Les colonnes finement cannelées des portiques grecs ne représentent rien.

 

    COLLINE ET MOULIN

     -“Tu as compris bien sûr. La vraie différence entre les deux religions est d’ordre spirituel. Chez les Grecs, les Romains et même les Gallo Romains qu’on oublie toujours de citer, le temple est un abri pour les dieux, chez les chrétiens c’est un abri pour les hommes. Leur dieu n’est pas de ce monde, il n’est pas prisonnier dans une cellule. Les divinités du Naos, je l’ai dit, sont de idoles, ce qui veut dire des images, quelque chose de concret que l’on peut voir et toucher.

     J’ai cru bon d’ajouter que si le Naos était caché, le péristyle ne l’était pas, bien au contraire. Sa situation, perché sur un acropole, qui est une hauteur comme un moulin sur une colline, le désigne à l’attention de tous, amis ou ennemis, tutélaire pour les premiers, menaçant pour les autres, c’est la mission que l’on attribue aux dieux ou aux figures de proue des vaisseaux.

     Il est de temples dont on parle rarement, probablement parce qu l’ingrate France a oublié ses origines gauloises ou a voulu les oublier. Ces temples sont ceux des druides et de leurs fidèles. Ils n’ont ni Naos ni Cella ni péristyle. Que dis-je, ils n’ont souvent aucun toit ou alors, comme à Kereval, des frondaisons de chênes, ou, la plupart du temps, la voûte des cieux. Qui se douterait que ces clairières, en pleine forêt, sont les lointains prédécesseurs de nos enclos paroissiaux bretons ?

 

     AU PIED DE MON ARBRE

     Baudelaire comparait la nature à un temple et les arbres à des piliers vivants. Plus connu, plus accessible à tous, petits et grands, La Fontaine va plus loin, beaucoup plus loin. Il a vu dans le chêne “un homme dont la tête, au ciel était voisine et dont les pieds touchaient à l’empire des morts”. Il en faisait un trait d’union entre les divinités du monde d’en haut et celles du monde d’en bas. Ce n’est plus un simple support de toit, notre arbre. Immense est sa valeur symbolique. Ses lettres de noblesses sont les plus anciennes qu’on puisse imaginer. Nos parents, Adam et Eve, nous dit la Genèse, ont pu contempler au premier matin du monde deux arbres, celui de la Connaissance et celui de la Vie. Un autre paradis, celui des Celtes, a immortalisé les pommiers. C’est l’île d’Avallon, terre de vivants, de l’éternelle jeunesse.

     Revenons sur terre. Voici l’Arbre de mai, emblème du renouveau et du printemps. La Révolution française, autre renouveau, a planté sur son sol en même temps que les trois couleurs de la liberté, des milliers d’arbres éponymes.

     On eût pu croire qu’avec de tels titres de gloire, l’arbre serait à jamais un objet sinon d’adoration du moins de respect. Que nenni ! En ce début du XXIième siècle, force est de constater qu’il n’en est rien. On l’attaque de tous côtés. Tout se passe comme si l’homme moderne voulait faire triompher le minéral devenu aveugle et sourd aux merveilles de la nature verdoyante. Urbanisation, viabilisation, déforestation, trois têtes de l’Hydre de Lerne contemporaine. Il y a beau temps qu’on ne croit plus Bernard de Clairvaux quand il écrivait : “Tu trouveras plus dans les forêts que dans les livres. Les arbres t’enseigneront des choses qu’aucun maître ne te dira”.

                    

Brest le 15 septembre 2010

H.J Turier

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 15:41

Voici une nouvelle production de notre ami le prolixe Dr Turier.

 

 

SAIN ET SAUF

 

Balade étymologique sans frontières

 

     Sain et sauf. Deux adjectifs qui ont donné l’occasion à la Sécurité Routière, au prix d’un astucieux jeu de mots, de traduire le “ouf” de satisfaction de l’automobiliste arrivé à bon port, c'est-à-dire sans maladie et sans blessures. On imagine mal que ces deux épithètes aient une commune racine en indoeuropéen devenu grec ancien. Comme si deux fleurs différentes quant à l’espèce étaient issues d’un  même arbre.

     Sain et sauf, en latin “sanus et “salvus” ont engendré deux noms communs, santé et salut le second surprenant, c’est le moins que l’on puisse dire. Ces noms communs se sont dégradés en  deux banales interjections immortalisées, nous le verrons, dans deux rites sociaux sans frontières. Qui pense encore au vrai sens du mot quand on prononce “Salut” et “Santé” ? Commençons par “Salvus”, raccourci au fil du temps en “Salus” ; mais revenons à l’original “Salvus”. Rien qu’à prononcer ce mot vient à l’esprit le “Salve” latin qui veut dire “porte-toi bien”. Les chrétiens seniors ont en mémoire le “Salve Regina” débutant la dernière prière des messes basses. Sans commune mesure avec son noble équivalent latin notre démocratique “Salut” veut dire la même chose : porte-toi bien, autrement dit : sois en santé. Ce n’est pas son impératif du verbe “salvere” mais une apostrophe c’est à dire un nom commun abrégé de la “salutation” du XVII° siècle. Dire salut à quelqu’un, c’est lui souhaiter la santé. Celle-ci, loin de n’être qu’une absence de maladie et de blessure est, nous dit l’OMS, “un état complet de bien-être physique, mental et social”. En français de tous les jours la santé c’est le silence des organes, la paix intérieure. Nos frères musulmans et nos frères israélites se saluent et nous saluent en disant “Salam” ou “Shalom”.

     Dans nombre de nations de langue latine on s’est servi du “Salus” (ou Salvus) mis à la sauce locale. Saluti, saluto, salud. Les germanophones font de même en arrangeant le S initial et en en faisant un H. C’et le “hello”international aujourd’hui. Il a réussi à forcer l’entrée de toutes les portes de la société quand on ne veut pas trop “relever” sa façon de parler. Voici deux salutations bien plus originales avec ce S initial, qui n’ont plus cours en France, empruntées à nos chers voisins d’Outre Manche pour la première et d’Outre Rhin pour la seconde. À l’encontre du “Hello”, ici on accompagne l’interjection par des gestes. “Heil”, émis d’une voix forte est (était) suivi du nom d’un célèbre chancelier et commandait un bras tendu et des talons qui claquent. Pendant une dizaine d’années il a remplacé pour les militaires le salut traditionnel. Quant au “Hail”, le second “porte-toi bien”, c’est la version anglaise du “Salve Regina” : Hail Mary associé à une voix chuchotée, des mains jointes et des genoux fléchis.

      Certains pays, certaines régions, boudent le salut-interjection jugé trop laconique et préfèrent, à juste titre des périphrases apparemment plus “pensées”.

     “Comment ça va ?”, “Vous allez bien ?”. L’interrogation est fictive, elle appelle en écho la même formule : “How do you do ?” et pour les bretonnants “Mond ha ra mad ?”.

     Chez nous les deux syllabes de Salut ont, avouons le, une coloration “FAM ou “POP” comme on le voit dans certains dictionnaires. “Salut les copains” : un salut qui sert aussi bien à la bienvenue : “bonjour” qu’au congé : “au revoir”.

 

 

 

À la bonne vôtre

 

     En revanche dans le meilleur monde on peut sans modération utiliser l’autre interjection porteuse de souhait : “santé”.

     “À votre santé”. Ces trois mots passent partout. Lisons ou relisons Pagnol : “Je bois à la Mère Nature, aux collines odorantes, au chant des cigales, à la brise et à la pinède. Je bois à l’azur”. C’est Jean de Florette qui s’est levé et clame à la cantonade son enthousiasme. En face de lui, Ugolin le paysan, aveugle et sourd à ces merveilles de la création, ne trouve à dire que “À la bonne vôtre Monsieur Jean”. Tous deux ont un verre à la main et s’apprêtent à trinquer, c'est-à-dire à boire aux deux santés respectives.

     L’avantage de “santé” sur “salut” c’est qu’il est toujours associé non à une simple poignée de main mais à l’absorption d’une ou plusieurs gorgées réjouissantes : c’est une communion dans la joie. Pense-t-on vraiment à la paix intérieure, au silence des organes de celui à qui, verre en main, on a dit : “santé” ? Dieu seul le sait.

     Toutes ces courtoisies existent dans d’autres langues que le français. Les Anglais les ont désigné par un mot : “toast”.Porter une santé chez eux équivaut à porter un toast, à trinquer, à “boire à…” Dans son livre regorgeant d’humour britannique, “Les silences du colonel Bramble”, André Maurois nous apprend que l’origine du “toast” est barbare. Elle remonte aux pratiques des Highlanders écossais, des peuplades à demi sauvages, en état de perpétuelle discorde et donc de conflits inter claniques. Quand un guerrier en présence de son ennemi avait soif, il demandait à celui-ci de bien vouloir le protéger. Pourquoi ? Parce qu’en levant son verre, il avait les mains prises et désarmées, à la merci donc de son adversaire. Le “fair play” de ce dernier consistait à l’accepter tout en répondant : “Je te protège”. Il tirait alors son poignard de sa gaine et le posait sur la table, la pointe en avant.

     Il y a belle lurette que des deux côtés du “Channel” on ne dégaine plus son poignard dans les toasts. On trinque à mains nues, comme dans les poignées de main, autre geste ancestral des Écossais qui voulaient ainsi prouver leur volonté de paix. Pas d’arme, même la plus élémentaire : le poing fermé. Inutile d’ajouter qu’on n’a pas besoin d’avoir soif pour porter un toast.

     Le toast “civilisé” idéal existe. C’est une fête des sens, des cinq sens. Au bruit cristallin des deux coupes qui s’entrechoquent, s’ajoute la sensation du verre froid sur la paume et les doigts des deux trinqueurs, l’arome et la saveur du capiteux breuvage. Et la vue ? C’est l’essentiel : le regard et le sourire des deux porteurs de “santé”.

    

 

LOI DU MOINDRE EFFORT

 

     Il est au moins deux règles en vigueur dans toutes les sociétés parlantes quand on échange des civilités. La première est celle du moindre effort. Pourquoi faire long quand on peut dire la même chose avec quelques syllabes en moins ? “À votre bonne santé” souhaitée par Ugolin à Jean de Florette, s’est réduit à “la bonne vôtre”. Encore un mot en moins et ce sera “à la vôtre”. Un siècle plus tard on va supprimer le mot “santé” et lui substituer l’onomatopée qui imite le choc des deux verres : “Tchin” qui ne demande aucun effort de traduction et qui doit s’entendre dans tous les toasts des deux mondes : “Tchin”.

     La deuxième règle ne s’applique pas au mot “santé” mais au mot “salut” sous sa double polarité tantôt “bonjour, tantôt “au revoir. Il est supplanté de plus en plus et même dans la bonne société par ses équivalents exotiques : bye-bye, adios, kenavo (en Bretagne seulement) ceci dans son sens de “au revoir” on l’a compris. Mais l’interjection en passe de battre tous les records, en raison évidente de son allure “internet” est “À plus” tellement plus concis sur un terminal d’ordinateur. Cette coutume d’aller prendre ailleurs ce que l’on à sa porte ne date pas d’hier et vient de loin. Qu’ai-je vu en feuilletant mon excellent dictionnaire étymologique “Les mots latins” de Martin. Q u’ai-je vu ? La salutation emblématique des arènes romaines, celle des gladiateurs avant leur dernier combat en ce monde, tournés vers leur empereur et dieu, le “Ave Caesar imperator” vient d’ailleurs. “Ave” n’est pas latin mais carthaginois. Son synonyme Salve est latin mais pas lui. Ce qui veut dire qu’au“hit parade”des prières à Notre-Dame, loin devant le Salve Regina, la “salutation angélique”commence par une invocation exotique.

     Chacun sait (sauf dans le Midi de la France où on dit “adieu” aussi bien en rencontrant quelqu’un qu’en le quittant) chacun sait, donc, qu’un “adieu” n’est pas un “au revoir”. Le véritable adieu, comme son nom l’indique, est un ultime “salut”, sorte d’annonce de rendez-vous dans l’au-delà. Combien émouvante cette propulsion par la pensée vers le ciel de celui que l’on ne verra plus. Adieu  

 

ENTRER EN CONTACT

 

       Parler est le propre de l’homme, rire aussi. Mais il est une activité encore plus spécifique : faire de l’abstrait à partir du concret, bref créer des symboles. Que seraient nos serrements de main, nos verres levés et tous ces actes nés dans la nuit des temps et qui ont perdu à jamais leur fonction utilitaire de volonté de paix entre gens armés, que seraient-ils d’autre aujourd’hui que des gesticulations bizarres et absurdes ? Mais ce pouvoir créateur de l’homme les a métamorphosées, en a fait une communion dans la joie ou dans la souffrance pour certains d’entre eux. Le toucher, le sens du toucher est un des plus puissants moyens de communication à notre disposition.

     Sans un mot, sans un geste, sans un regard l’homme peut entrer en contact avec autrui. Comme si une indéfinissable et mystérieuse osmose s’établissait à travers la peau. On peut le vérifier à de nombreux moments de la vie et surtout à un moment pathétique entre tous quand il s’agit de prendre le dernier voyage. “Comment voulez-vous mourir ?” C’est un des items du fameux questionnaire de Proust que proposent “les explorateurs de la psychologie profonde” que sont les psychiatres à ceux qui ont recours à eux. À une écrasante majorité on obtient en réponse : “En tenant dans une main celle d’un être aimé”.

 

       Brest, le 30 juillet 2010

          H-J TURIER

 

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 14:18

HYMNE À L’ARBRE

Le 15 novembre 2009 s’est déroulée dans le vallon du Restic à Lambézellec, un quartier de Brest, une randonnée pas comme les autres. Jacques Perennès, bien connu des membres de l’ARBL dont il a été longtemps l’animateur, a jugé bon d’associer à l’exercice sportif (12 km) une cérémonie tout ce qu’il y a de plus “écolo”. Il a planté deux arbres symboliques. Quelle drôle d’idée ! Des arbres de la Liberté comme aux premiers temps de la Révolution ? Pas du tout. Des arbres de la défense, de la défense du patrimoine, de la défense de son vallon du Restic, menacé gravement de disparaître, urbanisation oblige. Les marcheurs, une bonne centaine, ont pu assister à la mise en terre de ces deux arbres. Il y avait un “ginkgo biloba” et un pommier. Sait-on que le ginkgo est l’arbre le plus résistant de la planète ? C’est le seul qui a survécu à la bombe atomique d’Hiroshima. Sait-on qu’il est aussi l’arbre le plus vieux au monde ? Eh oui, son espèce est contemporaine du dinosaure. Quasiment inconnu en France, ce bel arbre aux feuilles en éventail est un arbre sacré dans la plupart des pays d’Extrême-Orient qui voient en lui le double principe de la vie : le yin et le yang, c’est-à-dire le plus et le moins, le féminin et le masculin car il y a des plants mâles et d’autres femelles.

Quant au pommier, direz-vous, nul besoin de présenter, surtout en Bretagne, un plant aussi ordinaire. Pas du tout. Sa valeur symbolique ne le cède en rien à son voisin. Rappelez vous le paradis terrestre, le serpent tentateur, Ève séduite qui refile à son compagnon une pomme : la pomme d’Adam. Ceci c’est pour les chrétiens. Nos ancêtres celtes avaient un autre paradis ; il n’est pas dans les cieux mais sur l’eau, derrière l’horizon dans une île : l’île Fortunée, la terre des vivants, le Jardin des Pommiers. Et comment dit-on pomme en breton ? “Aval” et au pluriel “Avalou”. Le Jardin des Pommiers plus poétiquement c’est le Jardin d’Avalou Cela ne vous dit rien ?

Tous les arbres, Dieu merci, ne sont pas aussi symboliques. Revenons sur terre. Les Celtes, toujours eux, les considéraient comme des êtres humains. N’ont-ils pas comme nous une tête ? C’est leur faîte. Des membres supérieurs ? Ce sont leurs branches. Et leurs racines sont nos membres inférieurs. Entre le haut et le bas : le tronc. Parler est le propre de l’homme dit-on. Allons donc. Eux aussi savent le faire et mieux ils savent prier. Monsieur Leroux, un vieux de Lambé m’a  communiqué une prière, la prière d’un arbre de chez lui, mais ce pourrait être un arbre du Restic.

“Homme

Je suis la flamme de ton foyer dans la nuit hivernale

Et, au plus fort de l’été, l’ombre sur ton toit

Je suis le lit de ton sommeil, la charpente de ta maison

La table où poser ton pain, le mât pour ton navire

Je suis le manche de ta houe, la porte de ta cabane

Je suis le bois de ton berceau et celui de ton cercueil

Le matériau de tes œuvres et la parure de ton univers

Écoute ma prière : ne me détruis pas”

Dr H-J TURIER

Janvier 2010

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 20:38

SOUS LE SIGNE DU SERPENT

 

Un jour de novembre 1953, dans la cour d’honneur de l’ancienne école du service de santé, rue Berthelot à Lyon,(1) les “Santards” de 1ère année recevaient, non sans émotion, l’insigne de poitrine scellant leur appartenance à cette institution. Je n’arrête pas de contempler les “émaux” et les “métaux” (comme disent les héraldistes) des blasons des deux villes, sièges successifs de la bi séculaire E.S.S.M : Strasbourg(2) et Lyon. Sous la pointe des deux écussons ondulent les quatre mots latins de la devise : Pro Patria et Humanitate. Et tout en bas, l’émail blanc de l’étoile à cinq branches de la Légion d’Honneur. Entre les deux armes parlantes municipales il y a quelque chose. Mon voisin sur les rangs a l’air de s’y connaître. Je lui demande ce que cela signifie :

-“Tu vois bien. Une épée pointe en bas”

-“Çà, je sais, mais le reste ?”

-“Un miroir et un serpent en spirale autour de la lame. Ne me demande pas ce que cela veut dire. Je sais seulement qu’on l’appelle “caducée”, caducée militaire, bien sûr”.

Le seul insigne que j’ai jamais porté jusque-là était une épinglette (on ne disait pas encore un “pin’s”). Un crâne et deux tibias, réservés aux étudiants de PCB à Rennes. Mon caducée de poitrine, je le verrai un peu partout, sur le velours des revers de veste, sur le calot (bonnet de police en langage administratif), sur les boutons dorés…Les blasons seront remplacés par deux rameaux de feuillage : chêne et laurier.

On m’eut bien étonné si on m’avait dit que cette image était un faux, disons que l’appellation était usurpée. On avait affaire à un “qui pro quo” au vrai sens de ce mot, celui qu’employaient les apothicaires quand ils substituaient un produit à un autre dans leurs préparations.

 

Mercure, Prudence, Esculape

 

_“Lacez heaumes, seigneurs chevaliers, lacez heaumes, hissez bannières”.

Et quelques minutes plus tard :

-“Aux lances”

Où est-on, de quoi parle-t-on ? Nous sommes dans un champ clos ou place d’armes. C’est un héraut qui parle, caracolant entre tribune et lice. Il annonce à grands cris l’entrée imminente des tournoyeurs. Chacun des hérauts, variante aristocratique des crieurs publics, brandit une baguette de laurier personnalisée, c’est-à-dire décorée à sa guise. Cette baguette est un “caducée”, le caducée authentique. Le mot vient du grec “karuk” message. Il existe un messager, c’est-à-dire un porteur de caducée beaucoup plus célèbre. C’est Mercure, Hermès chez les Grecs ; son caducée a traversé les siècles, personnalisé lui aussi : deux ailes et deux serpents. Hermès est le messager des dieux, un Saint Michel archange païen en quelque sorte. Il ne descend pas du Ciel mais de l’Olympe. Les ornements de son caducée attestent ses fonctions. Le messager des dieux est aussi le dieu de l’éloquence, de l’habileté et de la ruse. Les Grecs ont fait de lui le dieu du commerce. Les deux ailes symbolisaient ces qualités. Quant aux serpents, ils sont là apparemment par hasard. Un jour, il a réussi à séparer deux vipères qui se battaient. Il leur a jeté son caducée ailé autour duquel elles se sont aussitôt enroulées. On aurait pu faire de Mercure le dieu de la paix. De toute éternité, le serpent est réputé pour sa prudence.

Celle-ci n’est pas du domaine de Mercure, elle appartient à un autre hôte de l’Olympe, unes déesse, Prudence, traditionnellement représentée miroir en main. Ce n’est pas pour contrôler l’esthétique de son visage mais pour surveiller ses arrières. Et, traditionnellement aussi, on voit dans ce “rétroviseur” l’image d’une tête de serpent. Eh oui ! L’animal rampant est bipolaire : tantôt bienfaisant, la prudence, tantôt menaçant, l’attaque. Il va de soi que le service de santé dans ses emblèmes n’a pas retenu ce “mauvais côté”. Son serpent n’est pas celui de Mercure mais celui d’Esculape. Mais qui est Esculape ?

 

Parole, Herbe, Couteau

C’est le dieu de la médecine, plus exactement de l’art de guérir, un art à trois composantes : la médecine, la chirurgie et la pharmacie, de façon plus imagée et plus littéraire : la parole, l’herbe et le couteau. Le premier médecin dont l’histoire ait conservé le nom n’avait pas de baguette mais un bâton sur le quel il s’appuyait lorsqu’il se rendait chez ses malades. Un jour en sortant de la ville d’Épidaure il rencontre un serpent. Et celui-ci s’enroule autour de son bâton. Notre marcheur s’empresse de le faire glisser à terre et l’assomme. Il continue son chemin. En se retournant il aperçoit un deuxième reptile qui se dirige “ventre à terre” vers son congénère en difficulté et lui apporte des brins d’herbe qu’il a en bouche. Ceux–ci ont un effet miraculeux : le serpent laissé pour mort reprend vie. Médusé et instruit par cette expérience, Esculape se servira de plantes identiques pour les besoins de son art.

Cette mémorable histoire est à la base de l’art de guérir, disons de deux de ses trois branches : la médecine et la pharmacie. L’iconographie traditionnelle montrera toujours l’archétype de la médecine avec un bâton “serpentaire”, c’est-à-dire avec un serpent enroulé autour de lui. Pas de miroir, comme on l’a vu dans cette histoire de guérison. Un ancêtre de nos “publicitaires” mal renseigné a confondu le manche du miroir de la déesse avec le bâton de marche du premier médecin.

Avant la Révolution, avant qu’elle n’ait supprimé les corporations, celles-ci s’identifiaient par des sceaux, des blasons, des enseignes. La plus grande fantaisie régnait dans la composition de ces emblèmes imagés ans les trois branches de l’art de guérir, plus exactement l’art de soigner. J’ai sous les yeux deux pages du livre “La santé en Bretagne” où figurent quelques blasons d’apothicaires du XVIII° siècle. Pilons et mortiers se taillent la part du lion dans les “instruments” encadrés par des spirales serpentaires. Mais les reptiles vont toujours par deux comme dans le caducée de Mercure.

Chez les médecins il devait en être de même, comme si on avait oublié Épidaure et son médecin. La République naissante allait mettre bon ordre à cette aimable anarchie, du moins dans le service de santé des armées. Un règlement du 20 thermidor an VI décrit l’attribut devant être estampé sur les boutons d’uniforme des officiers de santé. Son modèle est conforme au projet déposé en germinal an III et actuellement conservé dans les archives du musée du Val-de-Grâce. C’est le célèbre chirurgien Louis, chirurgien major à l’armée du Rhin qui en a été le promoteur.

Une légende accompagne le dessin et dit que le serpent d’Épidaure enlace un faisceau de trois baguettes, figurant les trois branches de l’art de guérir. À leur sommet se tient un coq…“symbole de la vigilance en la République Française”. Cette allusion est incongrue et cocasse quand on se rappelle que le roi de la basse-cour a été choisi pour emblème de la France à la suite d’un calembour, “gallus signifiant pour César à la fois “coq” et “gaulois”. L’ensemble de la composition s’inscrit entre deux branches de chêne avec feuilles et fruits.

Ce règlement est sérieusement modifié en l’an XII, 1° vendémiaire. Le Premier Consul, à quelques mois de son couronnement, ne voulait pas du coq comme représentant de la France, cet oiseau “gratteur et fumier”. Il suggéra aux responsables de remplacer ce volatile non pas par l’oiseau impérial mai tout simplement par un miroir, celui de la déesse. Du coup la prudence était deux fois mise à l’honneur, dans l’animal à sang-froid et dans l’objet emblématique de la déesse éponyme. Certes, vigilance et prudence sont nécessaires à l’officier de santé, mais sont-ce là des vertus suffisantes pour exercer son art ? Le bâton d’Esculape se trouve par la même occasion métamorphosé en manche de miroir mais un manche à trois cannelures évoquant les trois spécialités. L’encadrement n’est plus un double rameau de chêne mais un de chêne et un autre de laurier, armes parlantes depuis l’Antiquité des vertus civiles et des vertus militaires. Pas d’épée dans ce “logo”, ce qui est plus confortable pour le reptile enlaceur, on en conviendra. Pas de mention de caducée dans le texte du règlement.

Une décision ministérielle du 14 juin 1879 le fait apparaître. Prenant le manche du miroir de Prudence pour le bâton de marche d’Esculape et confondant ce dernier qui n’a qu’un serpent enroulé, celui d’Épidaure, avec la baguette de Mercure qui en a deux, un obscur rond-de-cuir a qualifié de “caducée” l’attribut du service de santé. C’est ainsi qu’on en est venu à employer le mot caducée pour désigner non seulement l’attribut militaire mais aussi le civil. “Caducée” également celui des pharmaciens- autre nom depuis la Révolution des apothicaires- qui montre un reptile à trois méandres buvant une coupe, celle d’Hygie la fille d’Esculape ; finis le pilon et le mortier, réservés aux préparateurs. Une instruction ministérielle du 21 juin 1985 rappelle, mais en vain, que l’attribut du service de santé des armées ne doit pas être confondu avec le caducée de Mercure. Le langage n’est pas le seul à se tromper. Le dessin de l’attribut a fait l’objet de maintes variations, à la convenance des artistes. L’actuel insigne du béret n’offre-t-il pas trois mais cinq cannelures ? Un vrai faisceau de licteur !

 Un proverbe de mandarin dit “Est vrai ce que je crois vrai”. À l’issue de cette courte analyse, plus un divertissement qu’une étude savante, je suis tenté d’en dire autant. Que notre caducée militaire soit né d’un quiproquo, dû à la négligence d’un bureaucrate ignorant le grec et le symbolisme n’est pas grave. L’usage l’a adopté et l’usage est roi.

Pour corriger cette terminologie fantaisiste et fallacieuse, pour s’accrocher à tout prix aux racines grecques chères au cœur des disciples d’Hippocrate, il faudrait déterrer un néologisme issu de “bakteria”, en grec ancien “bâton”. On devine le tollé que provoquerait cette “mise à jour”. Depuis les géniales découvertes de l’Autrichien Semmelweiss et du grand Pasteur, qui oserait déloger les bâtons minuscules mais combien envahissants qui investissent nos “économies” ? Force est de respecter le “qui pro quo”, la baguette à la place du bâton. Et alors ! À quoi sert un insigne ? À identifier, comme le font les noms de baptême, surnoms ou pictogrammes. Tout le monde connaît le caducée. Qu’il descende d’un dieu, d’un homme ou d’une vipère, il est là.

Le caducée qui m’avait émerveillé en 1953 a une signification sensiblement différente de son homologue civil. Il vaut pour toutes les branches de l’art de soigner - qui est quand même un mot plus “prudent” que guérir(3). Il vaut pour tout le service de santé – le bâton d’Esculape sert aux pharmaciens mais sans la coupe d’Hygie. Notre caducée brodé sur le velours des pattes d’épaules ou estampé sur les boutons dorés des uniformes sert à nous distinguer des autres militaires. Les membres de ce service pas comme les autres savent qu’ils doivent venir en aide aussi bien aux vaincus qu’aux vainqueurs, aux ennemis qu’aux amis. Victoire ou défaite sur un champ de bataille ne change pas grand-chose à l’exercice de la profession. Tous les anciens “santards” ont en mémoire les nobles paroles de leur grand ancien, le baron Larrey, chirurgien de l’Empereur, nobles paroles gravées en lettres d’or sur une plaque de marbre dans le grand amphi de la “boîte”, de la vieille école pas encore “délocalisée” à Bron :

“Allez où la patrie et l’humanité vous appellent

   Et soyez toujours prêts à servir l’une et l’autre”

Docteur H-J Turier

(Article paru dans le numéro 69 de la Revue de la Société amicale des anciens élèves de l’École du Val-de-Grâce et édité sur le blog avec l’aimable autorisation de l’auteur)
Renvois du claviste:
(1) Si vous voulez voir à quoi ressemblait l'école de l'avenue Berthelot à Lyon, revoyez le très beau film de Melville, “L'armée des ombres”de 1969.
(2) Strasbourg jusqu'en 1870 pour une raison évidente!
(3) symboles de la prudence des médecins, la devise d'Hippocrate, “Primum non nocere” (d'abord ne pas nuire) et cet aphorisme dont j'ignore l'auteur: je l'ai soigné, Dieu l'a guéri
.

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