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Mot du président

 En 2005, 60 ans après l’inauguration du lycée en baraques sur la place de l’Harteloire, entourée des ruines de la ville anéantie, Claude Spagnol, Jean-René Berthemet, encouragés par le souhait d’Edouard Landrain, député de Loire-Atlantique, lancent l’initiative de la création d’une association des anciens élèves de cet établissement hors normes.

Un article dans le Télégramme, l’exploitation d’une première liste établie en faisant appel aux souvenirs de quelques-uns uns, permirent de réunir en assemblée générale constitutive, le 30 septembre 2005, une soixantaine de membres.

 Depuis, l’organisation de deux sorties, l’une en avril 2006 à Kerhuon, l’autre en août au Faou, à laquelle ont pu se joindre des anciens ayant quitté la région, mais qui lui restent fidèle pour la période estivale, ont permis d’élargir le recrutement et de tracer un programme d’actions dans lesquelles l’association pourrait s’impliquer, conformément à ses statuts.

Mais l’association dont le but est la convivialité retrouvée, ne sera active et vivante que si ses différents membres sont prêts, notamment à partir de ce site informatique, à apporter leur contribution à cet intérêt de se retrouver et d’échanger  les souvenirs communs malgré le temps qui nous a séparé.

 

 

 

 

 

 

                                 Albert LAOT

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Conseil d'admin

Président: Albert Laot
Vice-président: Claude Spagnol
Secrétaire: Yvette Prigent
Trésorier: René-Louis Guiavarch
Trésorier adjoint:: Jean-René Poulmarc'h
Courrier: Annick Blaise
Membres:
Jean-Noël Berthemet
Daniel Gravot

René L'hostis
Bernard Oliveau
Michelle Péron-Pochet
Jeanne Romeur

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 15:41

Voici une nouvelle production de notre ami le prolixe Dr Turier.

 

 

SAIN ET SAUF

 

Balade étymologique sans frontières

 

     Sain et sauf. Deux adjectifs qui ont donné l’occasion à la Sécurité Routière, au prix d’un astucieux jeu de mots, de traduire le “ouf” de satisfaction de l’automobiliste arrivé à bon port, c'est-à-dire sans maladie et sans blessures. On imagine mal que ces deux épithètes aient une commune racine en indoeuropéen devenu grec ancien. Comme si deux fleurs différentes quant à l’espèce étaient issues d’un  même arbre.

     Sain et sauf, en latin “sanus et “salvus” ont engendré deux noms communs, santé et salut le second surprenant, c’est le moins que l’on puisse dire. Ces noms communs se sont dégradés en  deux banales interjections immortalisées, nous le verrons, dans deux rites sociaux sans frontières. Qui pense encore au vrai sens du mot quand on prononce “Salut” et “Santé” ? Commençons par “Salvus”, raccourci au fil du temps en “Salus” ; mais revenons à l’original “Salvus”. Rien qu’à prononcer ce mot vient à l’esprit le “Salve” latin qui veut dire “porte-toi bien”. Les chrétiens seniors ont en mémoire le “Salve Regina” débutant la dernière prière des messes basses. Sans commune mesure avec son noble équivalent latin notre démocratique “Salut” veut dire la même chose : porte-toi bien, autrement dit : sois en santé. Ce n’est pas son impératif du verbe “salvere” mais une apostrophe c’est à dire un nom commun abrégé de la “salutation” du XVII° siècle. Dire salut à quelqu’un, c’est lui souhaiter la santé. Celle-ci, loin de n’être qu’une absence de maladie et de blessure est, nous dit l’OMS, “un état complet de bien-être physique, mental et social”. En français de tous les jours la santé c’est le silence des organes, la paix intérieure. Nos frères musulmans et nos frères israélites se saluent et nous saluent en disant “Salam” ou “Shalom”.

     Dans nombre de nations de langue latine on s’est servi du “Salus” (ou Salvus) mis à la sauce locale. Saluti, saluto, salud. Les germanophones font de même en arrangeant le S initial et en en faisant un H. C’et le “hello”international aujourd’hui. Il a réussi à forcer l’entrée de toutes les portes de la société quand on ne veut pas trop “relever” sa façon de parler. Voici deux salutations bien plus originales avec ce S initial, qui n’ont plus cours en France, empruntées à nos chers voisins d’Outre Manche pour la première et d’Outre Rhin pour la seconde. À l’encontre du “Hello”, ici on accompagne l’interjection par des gestes. “Heil”, émis d’une voix forte est (était) suivi du nom d’un célèbre chancelier et commandait un bras tendu et des talons qui claquent. Pendant une dizaine d’années il a remplacé pour les militaires le salut traditionnel. Quant au “Hail”, le second “porte-toi bien”, c’est la version anglaise du “Salve Regina” : Hail Mary associé à une voix chuchotée, des mains jointes et des genoux fléchis.

      Certains pays, certaines régions, boudent le salut-interjection jugé trop laconique et préfèrent, à juste titre des périphrases apparemment plus “pensées”.

     “Comment ça va ?”, “Vous allez bien ?”. L’interrogation est fictive, elle appelle en écho la même formule : “How do you do ?” et pour les bretonnants “Mond ha ra mad ?”.

     Chez nous les deux syllabes de Salut ont, avouons le, une coloration “FAM ou “POP” comme on le voit dans certains dictionnaires. “Salut les copains” : un salut qui sert aussi bien à la bienvenue : “bonjour” qu’au congé : “au revoir”.

 

 

 

À la bonne vôtre

 

     En revanche dans le meilleur monde on peut sans modération utiliser l’autre interjection porteuse de souhait : “santé”.

     “À votre santé”. Ces trois mots passent partout. Lisons ou relisons Pagnol : “Je bois à la Mère Nature, aux collines odorantes, au chant des cigales, à la brise et à la pinède. Je bois à l’azur”. C’est Jean de Florette qui s’est levé et clame à la cantonade son enthousiasme. En face de lui, Ugolin le paysan, aveugle et sourd à ces merveilles de la création, ne trouve à dire que “À la bonne vôtre Monsieur Jean”. Tous deux ont un verre à la main et s’apprêtent à trinquer, c'est-à-dire à boire aux deux santés respectives.

     L’avantage de “santé” sur “salut” c’est qu’il est toujours associé non à une simple poignée de main mais à l’absorption d’une ou plusieurs gorgées réjouissantes : c’est une communion dans la joie. Pense-t-on vraiment à la paix intérieure, au silence des organes de celui à qui, verre en main, on a dit : “santé” ? Dieu seul le sait.

     Toutes ces courtoisies existent dans d’autres langues que le français. Les Anglais les ont désigné par un mot : “toast”.Porter une santé chez eux équivaut à porter un toast, à trinquer, à “boire à…” Dans son livre regorgeant d’humour britannique, “Les silences du colonel Bramble”, André Maurois nous apprend que l’origine du “toast” est barbare. Elle remonte aux pratiques des Highlanders écossais, des peuplades à demi sauvages, en état de perpétuelle discorde et donc de conflits inter claniques. Quand un guerrier en présence de son ennemi avait soif, il demandait à celui-ci de bien vouloir le protéger. Pourquoi ? Parce qu’en levant son verre, il avait les mains prises et désarmées, à la merci donc de son adversaire. Le “fair play” de ce dernier consistait à l’accepter tout en répondant : “Je te protège”. Il tirait alors son poignard de sa gaine et le posait sur la table, la pointe en avant.

     Il y a belle lurette que des deux côtés du “Channel” on ne dégaine plus son poignard dans les toasts. On trinque à mains nues, comme dans les poignées de main, autre geste ancestral des Écossais qui voulaient ainsi prouver leur volonté de paix. Pas d’arme, même la plus élémentaire : le poing fermé. Inutile d’ajouter qu’on n’a pas besoin d’avoir soif pour porter un toast.

     Le toast “civilisé” idéal existe. C’est une fête des sens, des cinq sens. Au bruit cristallin des deux coupes qui s’entrechoquent, s’ajoute la sensation du verre froid sur la paume et les doigts des deux trinqueurs, l’arome et la saveur du capiteux breuvage. Et la vue ? C’est l’essentiel : le regard et le sourire des deux porteurs de “santé”.

    

 

LOI DU MOINDRE EFFORT

 

     Il est au moins deux règles en vigueur dans toutes les sociétés parlantes quand on échange des civilités. La première est celle du moindre effort. Pourquoi faire long quand on peut dire la même chose avec quelques syllabes en moins ? “À votre bonne santé” souhaitée par Ugolin à Jean de Florette, s’est réduit à “la bonne vôtre”. Encore un mot en moins et ce sera “à la vôtre”. Un siècle plus tard on va supprimer le mot “santé” et lui substituer l’onomatopée qui imite le choc des deux verres : “Tchin” qui ne demande aucun effort de traduction et qui doit s’entendre dans tous les toasts des deux mondes : “Tchin”.

     La deuxième règle ne s’applique pas au mot “santé” mais au mot “salut” sous sa double polarité tantôt “bonjour, tantôt “au revoir. Il est supplanté de plus en plus et même dans la bonne société par ses équivalents exotiques : bye-bye, adios, kenavo (en Bretagne seulement) ceci dans son sens de “au revoir” on l’a compris. Mais l’interjection en passe de battre tous les records, en raison évidente de son allure “internet” est “À plus” tellement plus concis sur un terminal d’ordinateur. Cette coutume d’aller prendre ailleurs ce que l’on à sa porte ne date pas d’hier et vient de loin. Qu’ai-je vu en feuilletant mon excellent dictionnaire étymologique “Les mots latins” de Martin. Q u’ai-je vu ? La salutation emblématique des arènes romaines, celle des gladiateurs avant leur dernier combat en ce monde, tournés vers leur empereur et dieu, le “Ave Caesar imperator” vient d’ailleurs. “Ave” n’est pas latin mais carthaginois. Son synonyme Salve est latin mais pas lui. Ce qui veut dire qu’au“hit parade”des prières à Notre-Dame, loin devant le Salve Regina, la “salutation angélique”commence par une invocation exotique.

     Chacun sait (sauf dans le Midi de la France où on dit “adieu” aussi bien en rencontrant quelqu’un qu’en le quittant) chacun sait, donc, qu’un “adieu” n’est pas un “au revoir”. Le véritable adieu, comme son nom l’indique, est un ultime “salut”, sorte d’annonce de rendez-vous dans l’au-delà. Combien émouvante cette propulsion par la pensée vers le ciel de celui que l’on ne verra plus. Adieu  

 

ENTRER EN CONTACT

 

       Parler est le propre de l’homme, rire aussi. Mais il est une activité encore plus spécifique : faire de l’abstrait à partir du concret, bref créer des symboles. Que seraient nos serrements de main, nos verres levés et tous ces actes nés dans la nuit des temps et qui ont perdu à jamais leur fonction utilitaire de volonté de paix entre gens armés, que seraient-ils d’autre aujourd’hui que des gesticulations bizarres et absurdes ? Mais ce pouvoir créateur de l’homme les a métamorphosées, en a fait une communion dans la joie ou dans la souffrance pour certains d’entre eux. Le toucher, le sens du toucher est un des plus puissants moyens de communication à notre disposition.

     Sans un mot, sans un geste, sans un regard l’homme peut entrer en contact avec autrui. Comme si une indéfinissable et mystérieuse osmose s’établissait à travers la peau. On peut le vérifier à de nombreux moments de la vie et surtout à un moment pathétique entre tous quand il s’agit de prendre le dernier voyage. “Comment voulez-vous mourir ?” C’est un des items du fameux questionnaire de Proust que proposent “les explorateurs de la psychologie profonde” que sont les psychiatres à ceux qui ont recours à eux. À une écrasante majorité on obtient en réponse : “En tenant dans une main celle d’un être aimé”.

 

       Brest, le 30 juillet 2010

          H-J TURIER

 

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