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Mot du président

 En 2005, 60 ans après l’inauguration du lycée en baraques sur la place de l’Harteloire, entourée des ruines de la ville anéantie, Claude Spagnol, Jean-René Berthemet, encouragés par le souhait d’Edouard Landrain, député de Loire-Atlantique, lancent l’initiative de la création d’une association des anciens élèves de cet établissement hors normes.

Un article dans le Télégramme, l’exploitation d’une première liste établie en faisant appel aux souvenirs de quelques-uns uns, permirent de réunir en assemblée générale constitutive, le 30 septembre 2005, une soixantaine de membres.

 Depuis, l’organisation de deux sorties, l’une en avril 2006 à Kerhuon, l’autre en août au Faou, à laquelle ont pu se joindre des anciens ayant quitté la région, mais qui lui restent fidèle pour la période estivale, ont permis d’élargir le recrutement et de tracer un programme d’actions dans lesquelles l’association pourrait s’impliquer, conformément à ses statuts.

Mais l’association dont le but est la convivialité retrouvée, ne sera active et vivante que si ses différents membres sont prêts, notamment à partir de ce site informatique, à apporter leur contribution à cet intérêt de se retrouver et d’échanger  les souvenirs communs malgré le temps qui nous a séparé.

 

 

 

 

 

 

                                 Albert LAOT

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Conseil d'admin

Président: Albert Laot
Vice-président: Claude Spagnol
Secrétaire: Yvette Prigent
Trésorier: René-Louis Guiavarch
Trésorier adjoint:: Jean-René Poulmarc'h
Courrier: Annick Blaise
Membres:
Jean-Noël Berthemet
Daniel Gravot

René L'hostis
Bernard Oliveau
Michelle Péron-Pochet
Jeanne Romeur

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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 15:05

Voici un nouveau texte de notre ami H-J Turier qui allie érudition, humour et second degré, goût du paradoxe mais,également, qui incite  à la réflexion.
Vous aussi, chers amis sociétaires, n'hésitez pas à nous proposer vos propres textes, souvenirs, récits de voyages, réflexions, contes et nouvelles etc....Le comité de lecture (dont je suis le seul membre !) vous promet d'être très indulgent !! N'hésitez pas non plus à nous faire part de vos commentaires sur les articles; promis: Edvige n'en saura rien!!

 

D’OS ET DE CHAIRS

Sacrum, Sacré, Sacrifices

 

 

Chacun sait, du moins tous les médecins, que l’ostéologie est une discipline de base des études médicales. Et cela se comprend : quoi de plus solide dans une constitution que sa charpente ? En revanche, bien rares sont ceux qui connaissent l’étymologie des noms des quelques deux cents segments de cette charpente osseuse. Ils, goûtent ces privilégiés, une science passionnante. Là, dans mon nez, un “vomer” qui est un soc de charrue. Ici, dans mon avant-bras, côté interne, un cubitus, l’os du décubitus. Pardon ! Décubitus est le mot pédant pour “position allongée” que nos anciens prenaient pour manger et certains d’entre nous encore aujourd’hui qui prennent leur café ….au lit sur un plateau. C’est ainsi, tout s’explique. Les tibias sont des flûtes. À la Renaissance  les créateurs de cette terminologie plaisante ont voulu qu’elle soit en latin, noblesse oblige. Ambroise Paré est le premier qui a osé parler médecine en langue vulgaire. Il est vrai que le “chirurgien des rois” n’était pas médecin. C’est la forme des os du corps ou leur fonction qui a justifié leur nom de baptême. En général ça marche, mais parfois il y a un “os” ! Tenez ! Le sacrum par exemple. Cet empilement de vertèbres soudées les unes aux autres en sandwich entre les deux os coxaux et coiffant le coccyx. Autant je comprends ce “bec de coucou” terminal qui fait que nos ne sommes pas tout à fait “anoures” (sans queue), autant le sacrum m’est un mystère. Sacrum, neutre de sacer désigne un sanctuaire. Ah ! Je croyais naïvement que le sanctuaire en question était l’appellation romantique du bassin, creuset de la fécondité ou de la maternité, assise de l’utérus alias la matrice (ce dernier plus poétique que l’autre qui veut dire “outre”). Que nenni ! m’ont dit d’une seule voix messieurs Delaveau et Rey bien connus des lecteurs de D.L.F pour le premier et du bulletin de l’ordre des médecins pour le second. Ce n’est pas ça du tout. Le sanctuaire est un vrai sanctuaire, antique bien entendu. Et j’apprends que dans ce haut lieu du culte l’invité d’honneur, le taureau par exemple, le mouton ou le porc, était “sacrifié”  et que les augures pratiquaient l’observation des “extas”, nous dirions des entrailles, avant de les offrir à la divinité. Ces “extas” qui pour nous seraient tout bonnement des abats (foie, poumons, cœur) étaient donc les morceaux choisis contenus dans le bassin dont la pièce maîtresse était le fameux sacrum, des fleurs en quelque sorte dont le vase, le calice, serait cet ensemble osseux. Cette explication savante ayant piqué ma curiosité je n’ai pas tardé à fouiller, moi aussi, non dans les extas mais dans les “bons auteurs”et, avant“les mots latins”et “les mots grecs” de Martin.. Que veut dire “sacer” ? Il veut dire “que l’on ne doit pas toucher”, avec la double signification ambiguë : bénit ou maudit. Quand on dit : “sacré temps de chien” on pense au sens négatif que nos voisins du Royaume Uni traduiraient par “damned”. En revanche, ils ne sont pas loin de considérer leur souveraine comme bénie des dieux, comme le sont par une fiction qui a traversé les siècles toutes les têtes couronnées dès l’instant où elles ont été “sacrées”. La cérémonie du sacre confère à celui qui en a été gratifié une dignité quasi sacerdotale, le diaconat. Nos rois de France étaient promus au rang de chanoines du Latran parce qu’ils avaient été sacré à Reims et donc rendus “intouchables”. On se souvient du tollé qu’avait provoqué outre-Manche la vision de notre chef d’État qui avait mis la main, qui avait osé mettre la main, lors d’une visite à Paris sur les épaules de Sa Gracieuse Majesté“Noli me tangere” ou en langage moins soutenu : “bas les pattes”.

 

 

ANTHROPOMORPHISME

(Des dieux à notre image)

 

   Dans toutes les religions du Vieux Monde ou du Nouveau, religions du Livre ou de la Nature, on attend de la divinité, quel que soit son nom, qu’elle accorde une protection à ceux qui ont recours à elle. À l’origine de tous les cultes est cette espérance et son corollaire la gratitude quand la réponse a été obtenue. Traduction terre à terre : “S.V.P et Merci”, mais traduction trop sommaire. On ne s’adresse pas à une entité transcendante de façon si cavalière. Comment alors ? Par des prières, des vœux ou des offrandes. Si les prières et les vœux sont “sine materia”, c'est-à-dire virtuels, il n’en va pas de même des offrandes qui, destinées à un être “sacré”sont elles-mêmes sacrées, dans le sens archaïque du mot “sacre”. Toute offrande est “stricto sensu” un sacrifice qui n’a pas besoin de la coloration sanglante qu’on lui prête trop souvent. Mais sanglante ou non, animale ou végétale, elle doit obéir à un impératif : agréer à celui qui l’accueille. Comment agréer à un pur esprit ?

Beaucoup plus simplement qu’on ne le croit. Les hommes créent leurs dieux à leur image. L’anthropomorphisme est éternel et universel. Il est convenu de les doter des sentiments, des désirs et des sensations des mortels qui les implorent ou les remercient. Comment faire autrement ? Ce qui fait, que les théologiens me pardonnent, qu’on s’efforce de séduire ces hôtes de l’au-delà, Olympe ou Paradis, de les flatter, d’apaiser le cas échéant leur courroux (eh oui ! “Minuit chrétien” souvenez –vous). Certes, mais comment ? Quelles offrandes, quels sacrifices ? Passent encore que les Etres Suprêmes aient des désirs, des sentiments des émotions qui restent ce que Renan appelait l’éther métaphysique. Mais des sensations ? Qui dit sensations dit organes sensoriels. Eh oui ! Métaphoriques ou concrets, ces yeux et ces oreilles sont là. Ne disons-nous pas dans nos prières ou nos méditations : Ô Dieu, vois mes actions, entends mes supplications… ! Va-t-il aussi respirer l’odeur de l’encens, le parfum des fleurs ? C’est encore plus vrai. L’odorat est la plus archaïque de nos sensations disent les physiologistes. Vous en doutez ? Ne vous arrive-t-il pas de dire d’un être malveillant que vous ne pouvez pas le sentir ? Pour les habitants de l’Olympe ou du Paradis, il en va de même.

 

ODEURS SUAVES DES CRÉMATIONS

 

 

   Mais revenons à nos sacrifices, aux sacrifices animaux les plus fréquents et de loin dans les civilisations antiques. Ils concrétisaient, nous l’avons dit, la demande ou la gratitude. Le taureau, le mouton, le  porc immolés sur l’autel ne devenaient sacrés que s’ils accédaient au monde du sacré et ce passage, c’était la mise à mort. Mais comment le pur esprit destinataire de l’offrande et résidant dans le séjour extraterrestre va-t-il profiter de ce sacrifice sanglant ? Comment va-t-il l’absorber ? Il va le faire en le respirant. Privée de son sang, car le sang c’est l’âme, la victime va être brûlée, grillée, rôtie, peu importe le terme utilisé. La senteur agréable de la crémation va monter aux  narines du Tout-Puissant. Seule l’enveloppe charnelle intéresse ce Tout-Puissant mais après brûlage. Mort et feu sacré sont les deux conditions d’accession à la divinité. Habitant le Panthéon ou le ciel du dieu unique, adoré par les Grecs ou les descendants d’Abraham, l’Inconnaissable apprécie ce genre d’offrande. Le sacrifice peut se faire dans les deux cultures, sous deux formes. Il y ale sacrifice parfait ou d’adoration, c’est l’holocauste. Il y a, et c’est de loin le cas le plus fréquent, le sacrifice mixte ou de réciprocité. La combustion est incomplète. Seule la fumée va au dieu, le reste, la partie non brûlée, va à l’assistance, distribuée par le scarificateur ou le prêtre, vicaire de l’Invisible. À lui de partager ce que ce dernier a bien voulu octroyer à ses adorateurs. Sacrifice de réciprocité. On sait que le clergé se taillait dans ces restitutions la part du lion. C’est de bonne guerre, dans les holocaustes, il n’avait rien.

 

 

 

 

OFFRANDES AGRÉABLES OU NON

 

 

   Les premiers holocaustes de l’histoire du monde sont ceux de Caïn et d’Abel. Les deux fils d’Adam et d’Eve tenaient à rendre hommage au Créateur. Abel était pasteur et Caïn cultivateur. Tous deux firent brûler leur offrande sur un autel de Pierre à ciel ouvert, un agneau premier-né. Le fumet de la chair se consumant serait, pensaient-ils à juste titre, une senteur suave pour leur divin maître. Résultat : succès pour Abel, échec cuisant pour son frère. Que s’était-il passé ? Un phénomène psychologique vieux comme le monde. Ce n’est pas la nature d’un cadeau qui a de la valeur, c’est l’intention qui la sous tend. Les sentiments intimes du cultivateur, à l’encontre de ceux d’Abel, étaient mauvais : orgueil et jalousie, cette jalousie cause du premier homicide de tous les temps. Homicide et fratricide. Et c’est ainsi nous dit la Genèse et que répètent nombre de bas-reliefs d’enclos paroissiaux de Bretagne, qu’on a pu voir la fumée d’un autel monter droit vers le ciel et l’autre impitoyablement rabattue vers le sol. L’Éternel n’en voulait pas. Aussi célèbre que cet holocauste, celui de Noé au sortir de l’Arche. En gratitude envers celui qui l’avait sauvé des eaux, il sacrifia lui aussi sur un autel de pierre. Le parfum de son offrande fut respiré avec satisfaction et Dieu bénit Noé et sa famille. En signe d’alliance apparut le premier arc- en- ciel Plusieurs siècles plus tard, Moïse, un descendant d’Abraham, venant du Sinaï, les bras chargés des Tables de la Loi, voulut lui aussi remercier dieu, qui venait encore de faire alliance avec le peuple élu, une alliance scellée cette fois non dans le ciel, mais dans le sang d’un taurillon dont fut aspergée l’assistance au pied de la montagne sacrée. Les juifs doivent beaucoup à Moïse et avant tout la fin de leur esclavage en Égypte. Ils s’en souviennent encore aujourd’hui : l’agneau pascal est le signe de cette commémoration ; c’est encore un sacrifice mais de réciprocité ; il n’est pas brûlé entièrement mais sert à des agapes festives et fraternelles, avec ou sans rabbin.

 

 

IL Y A AGNEAUX ET AGNEAUX

 

 

   Autant Dieu le Père des chrétiens, Dieu unique des Hébreux prisait en son temple les offrandes de chair et de sang, autant Dieu le fils, la deuxième personne de la trinité les tenait en piètre estime : “ Vous avez fait de la maison de mon Père un repaire de brigands”. Il n’avait pas de mots assez durs pour ces pratiques sacrificielles barbares transformant le lieu de culte de Jérusalem en abattoir, notamment à la Pâque. Plus profondément que le taurillon du Sinaï, cet agneau pascal a marqué le peuple élu. Pour les chrétiens il  a une résonance particulière. Il rappelle le dernier repas de Jésus et le premier repas eucharistique, c’est à dire le premier saint sacrifice de la messe. Les deux alliances se sont côtoyées sur la même table, la table de la chambre haute d’une auberge de Jérusalem. Le mystère de l’Eucharistie est né de ce repas, la Cène. L’Agneau de Dieu, annoncé par Jean-Baptiste annonce à son tour aux douze convives apostoliques non seulement sa mort prochaine mais la métamorphose  mystique du pain et du vin en sa chair et son sang. Ce pain et ce vin sacrés, aussi curieux que cela puisse paraître, ne doivent rien aux descendants d’Abraham ni même au culte hébraïque. Un roi de Salem (la Palestine actuelle), à la fois monarque et grand prêtre du Très Haut, utilisait ce type d’offrande non sanglante pour ses sacrifices. Abraham était une sorte de vassal de ce souverain auquel, dit la Genèse, il payait la dîme. La Bible ne parle plus ensuite de ce genre de sacrifice, mentionné par le symbole des apôtres de Nicée.

Son nom : Melchisédech.

 

 

 

IL Y A CONCILE ET CONCILE

 

 

   Deux conciles ont ébranlé, à quatre siècles de distance, l’Église et sa relation au sacré. Le premier est  celui de Trente au XVIième siècle. La Société de Jésus, aile marchante et fer de lance de la papauté, institue la Réforme catholique. Pour faire pièce à l’hérésie naissante, on va  mettre en valeur tout ce qu ‘elle refuse dans le dogme et dans le culte : pensées, paroles, actions, objets d u culte…Rien n’est trop beau pour faire des églises des “Paradis sur terre”. On appellera “Saint Sacrifice de la messe” la Cène, qui n’est pour les protestants qu’un mémorial du dernier repas, à honorer certes mais pas plus qu’une commémoration du lavement des pieds du Jeudi Saint. Va de pair avec cette montée en puissance du sacré qui lui convient parfaitement, la promotion du cléricalisme, c’est à dire de l’influence des prêtres. Les fidèles ne se posent pas de questions et ont peur du sacré, une peur entretenue par la pastorale.

   Le deuxième concile est Vatican II, des années 60 du XXième siècle. C’est encore un vent nouveau mais qui souffle en sens contraire du premier. La sacralisation redoutable n’est plus qu’un souvenir, la culpabilité aussi. Plus rien n’est intouchable dans les lieux saints. De plus en plus de croyants se disent non pratiquants et un clergé atteint de plein fouet par une crise des vocations sans précédent cède la place aux laïcs qui s’accommodent très bien de la nouvelle liturgie. Il faut marcher avec son temps et on le fait à grands pas, s’éloignant des chrétiens orthodoxes chez qui tout est sacré et se rapprochant des protestants chez qui rien ne l’est. La religion des temps nouveaux met l’accent sur sa dimension horizontale, l’amour du prochain, alors que l’ancienne le mettait sur le culte de Dieu. Le “Saint Sacrifice de la Messe” est devenu Eucharistie, s’est fait partage, pain partagé pour un monde meilleur.

 

ÉPILOGUE

 

-“ À quoi bon, Mère Teresa, vous tuer pour ces moribonds qui, demain, ne seront plus là ? ”

C’est un journaliste parisien qui, au cours d’une épidémie des plus meurtrières de dysenterie qui ravageait les bidonvilles de Delhi, s’étonnait de ce dévouement inutile.

-“ Que peut-on faire à ce stade ? Une dernière prière, une dernière bénédiction ? ”

-“ Mieux, Monsieur, beaucoup mieux : un sourire. Le vrai bonheur de tout être humain n’est-il pas d’exister, ne serait-ce que dans le regard de celui qui est près de lui ? Un dernier sourire pour viatique, est-ce inutile ?

   Cette phrase admirable de cette émule féminine de Saint Vincent de Paul est à rapprocher de la réponse d’un père de l’Église du Haut Moyen-Âge à un fidèle qui lui demandait comment il fallait se représenter Dieu : “ Tu as vu ton frère, tu as vu ton Dieu ”

 

*DLF : “Défense de la langue française”, organisme dont le Professeur de Pharmacie Pierre Delaveau est membre.

   ** Noli me tangere : Ne me touche pas.

 

Brest, le 1er août 2008

Docteur H-J TURIER

 

 

 


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